Aude Chabanier (Who's Next) : "Retrouver une place forte dans le cœur des gens"

Arrivée en juin, Aude Chabanier est la nouvelle directrice du salon de prêt-à-porter Who’s Next (hors Première Classe, dédié aux accessoires). Avec un profil de spécialiste des salons (elle était auparavant directrice commerciale du SIAL, dans l’agroalimentaire), et non mode, comme sa prédécesseur Camille Descollonges, elle se voit confier une mission plus globale, tournée davantage vers le management de tous les aspects de l’organisation. Son baptême du feu sera l’édition du 8 au 11 septembre prochain. Une édition qu’elle commente pour FashionNetwork.com, évoquant les objectifs immédiats mais aussi les perspectives au long cours.


Aude Chabanier - WSN Développement
 
FashionNetwork : Vous êtes arrivée il y a trois mois à la direction du salon Who’s Next, comment abordez-vous ce premier grand rendez-vous de septembre ?

Aude Chabanier : Je me sens totalement impliquée dans cette édition ! J’ai passé beaucoup de temps à échanger avec les équipes, bien sûr, mais aussi à voyager sur d’autres salons, rencontrer des clients, qu’il s’agisse d’exposants ou de visiteurs, pour comprendre leurs attentes. Nous avons déjà commencé le travail et mettons en place des choses visibles dès cette édition ! La mission, c’est de fixer une stratégie qui colle mieux à l’évolution des besoins ; être plus à l’écoute pour dessiner le salon de demain. Notre leitmotiv, c’est d’apporter des solutions et de ne plus être seulement un outil de rencontre entre l’offre et la demande.
 
FNW : Quel est le challenge de cette édition ?

AC : Le challenge de septembre 2017 est de marquer les esprits dans la continuité de ce qui a été amorcé en janvier, sur le thème "positive community". Dans ce monde économique qui bouge, mais rencontre des blocages, nous voulons mettre en avant l’énergie positive, ceux qui cassent les codes, ceux qui inventent de nouveaux moyens d’expression et dépassent les blocages en question. Une fois que l’on a dit ça, il faut apporter des preuves, du factuel : ce sera le sens du nouvel espace Fashion Solutions, entre autres, mais aussi des témoignages que nous voulons diffuser via les conférences.

Nous travaillons également sur la lisibilité de l’offre. Nous avons rassemblé le prêt-à-porter dans le hall 4, exception faite de Fame, qui a un statut à part en termes de positionnement et de créativité. Mais dans ce hall prêt-à-porter, nous avons par exemple réuni Trendy et Urban, l’un à côté de l’autre, pour répondre à la demande des marques qui trouvent les deux univers complémentaires.

Mais la force du salon, c’est aussi sa transversalité. Il y a une volonté de se faire plus lifestyle, avec des marques qui font à la fois de l’accessoire et du prêt-à-porter et qui pourront proposer une silhouette complète dans l’espace qui fait la liaison entre Première Classe et le Fame. Il y aura aussi une thématique "athleisure", et d’autres partenaires divers et variés dans cet esprit lifestyle qui nous est cher, avec des exposants déco également, pour mieux correspondre à ce que doit être une boutique aujourd’hui.
 
FNW : Vous multipliez cette saison plus encore les animations en extérieur et en intérieur, les partenariats avec des sociétés ou des événements, les conférences... dans quel objectif ?

AC : C’est une réponse à la demande des exposants ! Ils s’attendent à vivre une expérience sur le salon. Ce n’est pas que du business. Ils viennent chercher du contenu par exemple, d’où notre gros programme de conférences, avec des retours d’expérience, et le nouveau partenariat sur les tendances avec Trend Union. Celui-ci dépasse le simple angle produit pour proposer des idées pour améliorer les points de vente, dans l’espace central que sera le Gallery Store. Les acheteurs recherchent eux aussi plus de convivialité, c’est comme cela que l’on se différenciera des autres salons du secteur. Cela témoigne de notre volonté de retrouver une place forte dans le cœur des gens. J’ai découvert une forte notoriété et surtout un sentiment d’appartenance fort des acteurs de la mode, avec plus ou moins de déception, mais un sentiment d’appartenance réel.


Marques exposantes de l'univers Fame - Who's Next
 
FNW : Dans un contexte toujours difficile, combien attendez-vous de marques ? Y’a-t-il un recul constaté ?

AC : Non, le nombre de marques sur Who’s Next (hors Première Classe, ndlr) sera équivalent à septembre 2016, soit environ 700 marques. C’est un joli résultat au regard du marché actuel. Certaines disparaissent, d’autres font des restrictions et se contentent d’exposer une fois par an, et plus deux… mais au final, l’arrivée de jeunes créateurs et de nouvelles griffes est importante.
 
FNW : Et quels sont les objectifs côté visiteurs ?

AC : Nous attendons 50 000 visites. C’est ambitieux, mais en rapport avec les investissements menés sur le marketing et la communication. Il y a des signes encourageants, des pré-réservations en hausse de deux chiffres par rapport à l’an dernier (un peu plus de 38 000 visites en septembre 2016, alors en recul de 7 %, ndlr). La tendance est plutôt bonne, on sent qu’il se passe quelque chose.
 
FNW : A l’heure où l’on parle de salons plus ciblés, l’exhaustivité de Who’s Next est-elle en discussion ? Y’a-t-il une réflexion sur de nouveaux formats ?


AC : C’est clairement à l’ordre du jour des discussions que nous menons pour définir notre stratégie à trois ans. Il est clair que nous devons prendre un vrai tournant en 2018. Plus petit, de niche… tout est en discussion. Rien n’est exclu, du moment que cela signifie mieux coller aux attentes du marché. C’est dans ce sens que nous prendrons des décisions dans les années qui viennent. Mais aujourd’hui je constate qu’il y a un dynamisme retrouvé chez Who’s Next, une envie de faire bouger les lignes.
 
FNW : Le salon est-il resté trop immobile ces dernières années ?

AC : Il a connu de très belles années, en apportant beaucoup de choses intéressantes au secteur, dans un moment où l’économie était florissante. Cela fait 5 ou 10 ans que le marché est compliqué, que la concurrence s’est également accrue pour nous, avec les autres salons internationaux notamment… Je crois que le média "salon" devait anticiper davantage ces évolutions. Au quotidien, on voit les difficultés des marques, des acheteurs, les problèmes budgétaires… mais nous avons aussi nos contraintes budgétaires comme toute entreprise. On doit trouver un juste équilibre. 

Et il faut aussi se rendre compte qu’on ne peut pas faire bouger les lignes seuls, il nous faut du soutien. La ville, le territoire, les acteurs du tourisme d’affaires sont des institutions très établies et nous devons parvenir à nous mettre ensemble autour de la table pour nous aider à faire évoluer notre modèle économique.
 
FNW : Le digital est-il également au menu du plan stratégique discuté  par WSN Développement ?

AC :
Cette stratégie à trois ans que nous définissons actuellement englobe naturellement cette question du digital. C’est devenu une priorité pour toutes les entreprises. Il y a une vraie réflexion sur la tenue des événements physiques, qui sont pour moi incontournables car inégalés en termes de relations humaines, mais le digital peut être une solution pour conserver le lien avec les acteurs toute l’année. Nous ne sommes pas juste un intermédiaire qui loue un hall pour des marques. Nous faisons partie de cette communauté et nous devons être un référent toute l’année pour elles. C’est un vrai challenge pour nous que d’instaurer cette discussion.
 
FNW : Et finalement, comment passe-t-on d’un salon agroalimentaire à un salon mode, à titre personnel ?

AC : Avec beaucoup de motivation ! Je suis passionnée par l’univers des salons, sa course contre la montre, le côté éphémère de notre objet de travail…. Le SIAL est une grosse structure dans une industrie en croissance. Au bout de sept ans, j’avais envie d’un nouveau challenge, de proposer mon expertise à un monde en pleine évolution structurelle. On dit parfois qu’il est plus facile d’acquérir des connaissances que des compétences. D’autant que je peux m’appuyer sur de vrais experts de la mode, notamment au sein de notre équipe commerciale. Etre bien accompagnée rend cette transition plus confortable !

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