Bernard Morvan (FNH) : « 76 % des commerces sont insatisfaits des soldes »

Les ventes du commerce d’habillement ont chuté de 6,7 % en janvier 2017, tous réseaux confondus, tandis que le commerce spécialisé a connu une baisse de 6,2 % touchant particulièrement l’habillement. La Fédération nationale de l'habillement (FNH) dévoilera quant à elle dans quelques jours les conclusions de son enquête concernant les soldes, menée auprès de plus de 500 commerces. Le président de l'organisme, Bernard Morvan, en trace les grandes lignes pour FashionNetwork.
 
Bernard Morvan - FNH

FashionNetwork : Quel sera le bilan de ces soldes d'hiver ?

Bernard Morvan : Parlons des soldes, mais n’oublions pas les soldes privés, qui ont parfois commencé le 15 décembre. On ne sait plus quoi comparer, ni quoi dire. 76 % des commerces sont insatisfaits des soldes. On recense des baisses de ventes supérieures à 10 % pour 42 % d’entre eux. C’est énorme. Et il y a une accélération, une intensification de cette chute sur les soldes qui touche toutes les régions de France. Voilà la situation, qui n’est pas brillante. Et même, selon moi, inquiétante.

FNW : A combien se sont élevées les réductions proposées ?

BM : Pour rappel, au-delà de 50 %, on ne gagne plus de sous. Et si on n'a pas gagné son pain avant la première semaine des soldes, c’est très hasardeux de solder à 50 % au premier jour. Puisque, pour le coup, le compte de résultat ne s’en remet jamais. Là, près des trois quarts des commerçants ont appliqué plus de 30 % de réduction. Et ils sont 33 % à avoir en moyenne soldé à plus de 40 %. S’il s’agit d’une moyenne, on peut donc imaginer que sur les dernières semaines, le rabais s'élevait à au moins 50 %. Sans parler des ventes privées.
 
FNW : C’est-à-dire ?

BM : Si on mesure la période complète qui démarre au 15 décembre, puisqu’on a vu des ventes privées se mettre en place dès le milieu du mois, cela change tout. Car ces mêmes commerçants se déclarant insatisfaits nous expliquent qu’ils ont mis en place des ventes privées. Alors que, chez les indépendants, jusqu’à présent, les pourcentages de ceux recourant à cette pratique étaient faibles. La situation a désormais changé : 66 % annoncent qu’ils en ont fait. Pour nous, c’est une nouveauté. Car ces ventes privées viennent priver le commerçant de marge, alors qu’il n’y a pas de stock spécifiquement mis en place pour les opérations de promotion. On touche à la marge. Si on allonge les périodes de réduction, c‘est forcément le compte de résultat qui s’en trouvera impacté.
 
FNW : Quel rôle jouent les dates ?

BM : Beaucoup de commerçants sont mécontents que les soldes aient commencé le 11 janvier, contre le 6 janvier en 2016. C'est, selon eux, trop tard. Et en même temps, quand on les interroge en dehors des périodes de soldes, ils disent qu’il faut les repousser à début février. Mais imaginez ce scénario ! C’est la situation du pire. Car dans toute cette période d’attente, ils auraient quand même lancé les ventes privées de décembre et auraient continué en janvier. Le vrai sujet, ce n’est pas la législation des soldes, c’est notre mode d’approvisionnement. C’est la façon dont on réinvente le rythme de nos saisons. Est-ce qu’on redevient des magasins qui vendent des nouveautés ou, en accentuant la pression sur les prix, est-ce qu’on se présente comme des magasins low cost à l’année ? C’est le vrai sujet.

FNW : Reste-t-il un aspect positif dans les soldes ?

BM : Attention à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. La première semaine de soldes d’hiver, de même que la première semaine de soldes d’été, reste la semaine la plus importante de l’année en termes de chiffre d’affaires. Et avant de voir ces semaines glisser à la 2ème, 3ème, 8ème place en termes de ventes, je dis attention : par quoi remplace-t-on ces semaines ? Un dispositif alternatif est-il prêt ? Je pense que non, même si on a quelques idées. Les Français restent attachés aux soldes. C’est encore sur cette période que l'on connaît les plus grosses fréquentations. Hormis peut-être quelques journées durant le mois de décembre. Mais la fréquentation est surtout forte dans les très grands magasins. Globalement, dans toutes les boutiques, petites comme grandes, ces deux périodes demeurent les plus actives en termes de passage.



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