Dates des soldes : pas de loi avant l’hiver 2020 ?

L’inquiétude règne chez les professionnels. Alors qu’aucun ministre n’est annoncé pour lancer officiellement les soldes ce 27 juin, le flou règne autour du projet de loi Pacte, qui doit ramener la période à quatre semaines après quatre ans d’errements. Et tandis que certains craignent de voir les soldes d’hiver avancés pour être lancés dès décembre, d’autres doutent que le premier texte portant sur le raccourcissement soit effectif à temps pour l’été 2019.


Bruno Le Maire au lancement des soldes d'été 2017. A cette heure, aucune fédération n'a été sollicitée par le gouvernement pour un lancement symbolique des soldes d'été 2018 - AFP

Ce dernier point est soulevé par l’Alliance du commerce qui relève que, selon le texte enregistré le 19 juin par l’Assemblée nationale (librement consultable ici), la loi n’entrera en vigueur qu’à compter « du premier jour du sixième mois suivant la date de publication ». Bien que faisant l’objet d’une procédure accélérée, il paraît peu probable que la loi Pacte soit adoptée avant la fin de l’année, et donc applicable dès les soldes d’été 2019. « La seule chose qui nous inquiète dans ce texte est qu’il pourrait donc s’appliquer très tardivement » confie à FashionNetwork.com Yohann Petiot, directeur général de l’Alliance, qui déplore par ailleurs la non-mobilisation du gouvernement pour le lancement imminent des soldes. « Nous les avons tous sollicités. Tous se sont fait excuser. On peut s’interroger sur l’intérêt qu’ils portent à cet événement et au commerce ».

Ce même silence gouvernemental autour du texte laisse planer d'autres doutes sur le devenir immédiat des soldes. La loi Pacte prévoit de fixer respectivement à 3 et 6 semaines les durées minimales et maximales des deux périodes de soldes. Les dates de soldes ne seront plus fixées par décret mais par arrêté. « Ce dispositif apportera davantage de souplesse et d’adaptabilité face aux évolutions rapides des habitudes de consommation et d’achat tout en conservant une durée maximale par période de soldes », précise le texte présenté à l’Assemblée. « Cela nous conforte dans l’idée que le projet est d’avoir un socle plus simple et plus flexible », confirme Yohann Petiot.
 
Des soldes fin décembre ?

Du côté de la Fédération Nationale de l’Habillement, l’inquiétude se porte moins sur le délai d’application du texte que sur l’organisation qu’il pourrait induire. « La question est de savoir comment cette future réglementation va se mettre en place, explique à FashionNetwork.com le président de la FNH Bernard Morvan. Nous avons essayé de savoir, et il semblerait que, tous les ans, un arrêté serait pris pour définir les dates. Ce qui remettrait peut-être en cause l’accord passé avec Bruno Le Maire, qui trouve les soldes d'hiver trop tardifs et a souvent évoqué la possibilité de les faire commencer dès décembre, lâche le responsable. A ce stade, nous sommes très inquiets. On se demande qui est à la manœuvre auprès du ministre ».


AFP

Si la FNH appelait, comme la très grande majorité des commerçants, à un raccourcissement de la période des soldes, elle associait cette demande à celle de dates plus tardives, pour laisser le temps aux collections d’être vendues à prix pleins avant d’attaquer les rabais. Mais la disparité croissante entre les multiples modèles économiques rend là encore le débat complexe. « Chez nous, il faut trouver l’équilibre entre des commerçants ayant douze collections à l’année, qui se moquent des périodes de soldes, et ceux qui en sont encore à deux collections et qui réceptionnent souvent l’hiver très tard, parfois en octobre. Ces derniers vivraient mal des soldes dès décembre », explique Bernard Morvan.

Evoquant ce possible départ anticipé des soldes d’hiver, Bercy répond de son côté à l’AFP que « en accroissant la visibilité des soldes, la mesure permettra aux commerçants de générer un chiffre d'affaires plus important sur la période ». Chose étonnante, le ministère de l'Economie ajoute que la mesure « bénéficiera notamment aux commerces indépendants implantés dans les cœurs de villes de taille moyenne ». Un décalage total avec le discours de la FNH, représentant les indépendants de l’habillement, qui a cru un temps discerner derrière cette volonté étatique un lobbying des grands magasins. Ce que réfute Yohann Petiot, qui souligne que la Fédération des enseignes de l'habillement (FEH) et les grands magasins de l’Union du grand commerce de centre-ville (UCV), membres de l’Alliance du commerce, se prononçaient seulement pour un démarrage le premier mercredi de janvier.

Que veulent les fédérations ?

Parler de fédérations divisées sur la question des dates de soldes d'hiver relève de l'euphémisme. Ce qu’avait particulièrement souligné le rapport remis début janvier par la Commission de concertation du commerce (3C), qui détaillaient les desiderata des diverses instances représentatives. Le document révélait que 38 % des organisations étaient pour un avancement des dates, faisant face à 38 % souhaitant un maintien, et 24 % appelant même à un recul.

Dans les faits, seul le Conseil national des centres commerciaux (CNCC) souhaite un départ au 26 décembre, sur le modèle du "boxing day" britannique, que Bruno Le Maire a régulièrement pris en exemple. Plus mesurées, d’autres fédérations souhaitent un avancement des dates au premier mercredi de janvier. A savoir les grands magasins de l’Union du grand commerce de centre-ville (UCV), la Fédération des enseignes de l'habillement (FEH), la fédération pour le commerce spécialisé (Procos), et une partie des adhérents de la Fédération de la vente en ligne (Fevad), sans oublier les secteurs de l’ameublement (FNAEM), du multimédia (FENACEREM) et des complémentaires santé (FNMF)


Extrait du rapport de la '3C' sur la position des fédérations à l'égard des soldes - CdCF

Du côté des instances favorables au maintien des dates en vigueur, le rapport dénombrait la Fédération des enseignes de la chaussure (FEC), l’Union sport & cycle, la Fédération du commerce associé (FCA), l’Union de la bijouterie horlogerie (UBH), une partie des adhérents de la Fevad, ainsi que les spécialistes du jouet (FCJPE) et de la jardinerie (FNMJ). Quant au recul des dates à fin janvier, il est appelé par les détaillants indépendants de la Fédération nationale de l’habillement (FNH), la Fédération des détaillants de chaussures (FDCF), la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) et la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME).

En réduisant le spectre au marché de l’habillement, le rapport de la 3C met en évidence un large front en faveur d’un démarrage anticipé, avec 47,8 % des instances représentatives, contre 31,8 % pour un statu quo et 20,5 % pour un recul. Un consensus est donc encore loin d'être atteint.
 

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