Le denim de demain sera écologique et technologique

Pénétrer dans l’enceinte du Paris Event Center, ces 26 et 27 avril, donnait l’opportunité de plonger dans ce que pourrait être le denim de demain. Pour sa 19e édition, le salon Denim Première Vision a choisi de mettre en exergue dix développements et innovations techniques et technologiques qui ont le potentiel de changer l’industrie.

L'espace de présentation de la sélection d'innovations de Denim Première Vision - FashionNetwork

Côté technologie, le vêtement connecté semble incontournable. Dans la lignée de la veste imaginée par Levi’s et le projet Jacquard de Google, la veste imperméable en denim recyclé et dotée de panneau solaire souple, et la veste Issho, intégrant des capteurs et une technologie procurant une sensation de caresse bienveillante sur les épaules, imaginées par la créatrice Pauline Van Dongen, offrent une vision des possibilités. Dans un esprit toujours connecté, l’approche de la marque streetwear Rochambeau, qui a produit en édition limitée une veste connectée intégrant un code pour les visiteurs de New York. Le scan de ce code donne accès à une sélection de lieux exclusifs ou originaux. Spinali design présentait de son côté un jeans intégrant une technologie GPS.

« C’est une approche et une évolution intéressante, constate Tilman Wröbel, directeur créatif à la tête du studio Monsieur-T. Lorsqu’une personne achète un blouson d’exception, elle peut le porter toute une vie. Avec l’obsolescence actuelle des technologies, quelle sera la durée de vie de ces vestes ? Pourra-t-on adapter ces pièces ? J’aime les pièces qui vivent, qui évoluent avec le temps. »

La veste solaar windbraker - FashionNetwork

Le spécialiste du denim présentait ainsi sur le salon son travail réalisé avec Cordura et quatre acteurs du secteur (Kipas, Artistic Milliners, Arvind et Cone Denim). Le propos est là d’apporter une approche décalée d’une matière ultra résistante jusque-là utilisée sur des produits « modernes ». Cette fois, celle-ci a été travaillée pour proposer des vêtements d’inspiration militaire et leur donner un effet vieilli… mais avec du neuf. Une approche basée sur la durabilité du vêtement.

Car l’avenir du jeans passe incontestablement aussi par une vision plus durable et écologique. Depuis quelques années, l’industrie du denim connaît une remise en question de son modèle. Confrontés à une guerre des coûts et à une sensibilité toujours plus forte du consommateur final concernant l’écoresponsabilité des produits, les acteurs du secteur voient leurs pratiques évoluer.

« Clairement, il y a quelques années, ils proposaient des cotons bio qui étaient ensuite traités au permanganate de potassium, explique Marion Foret, chef de produit Mode chez Première Vision. A présent, l’ensemble de la chaîne de valeur est prise en compte. Le jeans a une réputation d’industrie polluante et, notamment pour des acteurs basés en Asie, il est important de pouvoir apporter des arguments pour rassurer les clients et le consommateur. »

Ainsi, des acteurs comme le tisseur Artistic Fabric Mills, ainsi que le délaveur M&J group ont développé des logiciels pour assurer la traçabilité de leur produit, mais aussi la mesure de leur consommation de ressources naturelles. Autant d’éléments qui pourront être des arguments marketing pour séduire des consommateurs sur des produits premium.

Mais l’avancée la plus prometteuse présentée sur le salon est certainement à mettre au crédit du groupe Advance Denim. La société chinoise travaille sur l’industrialisation d’un procédé permettant de recycler une toile mêlant coton et polyester. Aujourd’hui, seul le 100 % coton peut-être recyclé, mais avec le développement du stretch, peu de jeans de dernière génération peuvent être recyclés. En utilisant le Solucell et le coton, Advance vise à récupérer ses jeans en fin de vie, utiliser un agent actif permettant de séparer coton et Solucell afin de pouvoir recycler le coton. L’entreprise espère pouvoir proposer une solution industrialisée l’an prochain.

My Rags veut digitaliser l'industrie - Fashionnetwork

Enfin, My Rags entend à sa manière révolutionner le secteur. Il s’agit d’un logiciel à destination des bureaux de style, des fournisseurs et des délaveurs, qui a pour vocation de réaliser en digital le choix de tissus et de donner une liberté de création aux équipes. « Aujourd’hui, il y a une guerre des coûts qui pèse lourd. Au final, l’offre est très homogène. Il est possible de faire autrement en réduisant les déplacements en avion et la perte de matière avec les échantillons dont on ne conserve que 20 %. C’est ce que nous proposons, estime Umberto Brocchetto, cofondateur du projet My Rags. C’est un gain de temps, d’argent, c’est plus écologique et cela redonne la capacité de proposer de l’originalité ». Le logiciel devrait être commercialisé durant l’été.

Si la majorité de l'offre reste encore assez standardisée, les initiatives pour imaginer d’autres façons de créer le denim se multiplient. Des initiatives dont les marques doivent à présent savoir s’emparer.

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