Les perles de culture du Japon en sursis

MIE, Japon, 8 juin (Reuters) - L'industrie japonaise des perles de culture akoya, dont l'origine remonte aux années 1890, est menacée de disparition en raison de la chute des ventes et de la concurrence de la Chine.


Dans le petit port de Wagu, situé dans la baie d'Ago, environ la moitié des quarante-cinq fermiers perliculteurs sont sur le point d'abandonner leurs bancs de perles face à la chute de 50 % des prix depuis le début de l'année.

"C'est la fin lorsque vous perdez la passion pour ce que vous faites et c'est ce que je suis en train de vivre", explique Akihiro Takeuchi, 43 ans.

"On ne peut pas vivre comme ça. Ce n'est vraiment pas rentable (...) Les (perles) akoya pourraient disparaître complètement dans cette ville d'ici quelques années", ajoute-t-il. L'huître perlière d'eau salée akoya sert depuis longtemps d'étalon à la qualité des perles de culture.

En 1990, la production japonaise avait atteint un sommet à 88,5 milliards de yens (650 millions d'euros). En 2008, elle ne représentait plus qu'un cinquième de ce chiffre.

Cette culture a d'abord été victime de la "vague rouge", un phytoplancton meurtrier qui a détruit les deux-tiers des huîtres akoya du pays au milieu des années 1990.

Le marché a par ailleurs été inondé par les perles d'eau douces meilleur marché en provenance de Chine. Au même moment les goûts ont évolué et les consommateurs les plus jeunes notamment se sont tournés vers des bijoux plus fantaisie.

La récession que subit actuellement le Japon pourrait donc porter un dernier coup fatal au secteur. Le joaillier Tasaki Pearl, déficitaire, a fermé sept de ses huit fermes perlières au Japon cette année et le distributeur américain haut de gamme Tiffany a annoncé qu'il avait l'intention de fermer ses enseignes dédiées exclusivement aux perles.


Mieux informer

"Ceux qui peuvent partir ont de la chance, mais beaucoup ne le peuvent pas parce qu'ils ont des dettes vis-à-vis de leurs banques", explique Makoto Yamamoto, président du syndicat représentant les fermiers perliculteurs de Mie, où un tiers des perles akoya japonaises sont produites.

"Par le passé, j'ai toujours été optimiste, même lorsque nous avons connu la vague rouge mais cette fois-ci, je n'ai pas d'idées", déplore le responsable de soixante-quatorze ans, dans une interview accordée à l'occasion du sommet du luxe organisé par Reuters.

Les producteurs chinois ont réussi à cultiver des perles d'eau douce aussi grosses et rondes que les akoya et ils les exportent depuis les années 1990. A la différence des huîtres akoya qui ne donnent que quelques perles, une seule moule d'eau douce peut en produire jusqu'à quarante.

La capacité de production de la Chine est désormais cinquante fois supérieure à celle du Japon et le prix des perles chinoises est nettement plus accessible, souligne Takashi Shimokura, directeur de Mikimoto, l'entreprise qui a donné naissance à la première perle Akoya dans les années 1890.

Le Japon souffre aussi de la concurrence des perles de Mer du Sud et de Tahiti.

Les exportations mondiales japonaises ont chuté de 60 % au cours des vingt-cinq dernières années. Le pays importe désormais deux fois plus de perles qu'il n'en exporte.

Le gouvernement japonais a annoncé fin mai un plan d'aide de 120 milliards de yens pour aider les petites entreprises de pêche mais certains estiment qu'il ne sera pas suffisant.

Les professionnels du secteur insistent, eux, sur la nécessité de mieux informer le grand public sur la qualité des perles.

"Peu de gens connaissent la différence entre les perles d'eau douce et d'eau salée et savent que les chances de cultiver une perle akoya de qualité supérieure est infime, moins de 1 %", souligne Yoshimasa Ohata, président de Ohata Pearl Industry, une sociétée spécialisée dans la transformation des perles.

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