Marchand Drapier : clap de fin après dix années

« Nous avons vécu une passionnante aventure de dix années avec de belles rencontres ». Alors que la liquidation judiciaire de son entreprise a été prononcée, Benoît Carpentier, qui a fondé en duo avec Emilie Carpentier Marchand Drapier en 2007 à Toulouse, veut retenir le positif de son expérience entrepreneuriale.

Marchand Drapier s'était déployée sur trois étages rue Madame DR

Pendant 10 ans, la marque de prêt-à-porter masculin a porté son propos, notamment avec son offre de chemise aux détails décalés, se construisant une clientèle d'initiés et séduisant de belles boutiques comme L'Eclaireur. La marque a notamment participé à 18 éditions du salon Pitti Uomo à Florence. L'an dernier, la marque avait fait entrer l'investisseur Jean-Robert Reznik à son capital afin de tenter de franchir un nouveau cap. La marque s'était offert une belle boutique-atelier de 180 mètres carrés au 4 rue Madame, dans le coeur de Paris, à Saint-Germain-des-Prés. Mais l'activité n'a pas permis à la marque d'enregistrer le développement escompté. Son emplacement de choix sera donc cédé au tribunal de commerce de Paris la semaine prochaine.

En une décennie, le duo Carpentier a observé en tant qu'acteur indépendant l'évolution du secteur du prêt-à-porter masculin. « Concrètement, en tant que marque indépendante, soit il faut rester sur un volume artisanal, par exemple avec quelques milliers de pièces par saison, soit il faut un investisseur très solide pour développer un réseau. Surtout, la création et la production d'un bon produit ne suffit pas. Il faut pouvoir aussi mener de front le commercial et le marketing. »

L'entrepreneur admet que l'expertise commerciale a fait défaut à Marchand Drapier pour lui permettre d'élargir son réseau constitué d'une quarantaine de détaillants. « C'est un volet que les créateurs négligent souvent, constate-t-il. Nous sommes focalisés sur le produit, les timings de production. Nous sommes heureux de pouvoir présenter notre travail au Pitti. Mais un salon se prépare en amont au niveau commercial. Et pour une marque indépendante, ce n'est pas simple de trouver et recruter un responsable commercial. Et en prime aujourd'hui, on doit être excellent dans le marketing et les réseaux car le consommateur attend le même niveau de qualité en communication d'un groupe que d'une marque indépendante. »

Concrètement, Marchand Drapier n'avait pas la capacité de rivaliser avec des acteurs aux moyens plus importants et dans un environnement où les prix barrés deviennent la norme. « Lorsque les pièces créatives et fortes des marques indépendantes sont présentées par la presse et que certains acteurs, qui sont en permanence en promotion, s'en inspirent fortement avec un prix mais aussi une qualité inférieure, c'est compliqué de rivaliser aux yeux du client. Nous avons toujours cherché à proposer le prix juste. Mais j'ai réellement compris que les comportements d'achat avaient changé lorsqu'un bon client de la marque, avec des moyens, nous a appelé juste avant les soldes pour recevoir nos offres », témoigne le fondateur de Marchand Drapier.

Pour les marques indépendantes, avec des clients habitués à des prix barrés à -30 % minimum quasiment toute l'année, difficile de rivaliser. Pourtant, Benoît Carpentier continue de croire dans le rôle des designers. « La créativité et la qualité sont au bout du compte ce qui permettra aux marques de perdurer », estime-t-il. Un point de vue qu'il entend à présent défendre en proposant du conseil sur la création et la production.

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