Sies Marjan : mode expérimentale

Sies Marjan est aujourd’hui la marque la plus instinctive de New York. Son designer néerlandais, Sander Lak, crée avec ses tripes et cette saison, cela se traduit par l’une des collections les plus belles et expérimentales vues à Manhattan.


Sies Marjan - Automne-hiver 2018 - New York - Photo: PixelFormula

Sander Lak, âgé de 34 ans, est à des années-lumière du stéréotype du créateur new-yorkais qui ne s’inspire que du dernier drame hollywoodien en vogue ou d’une rétrospective du MoMa. En conséquence, ses idées sont bien plus révolutionnaires que celles de ses pairs.
 
Depuis les robes de soirée froissées et holographiques rassemblées à la hanche aux robes moirées changeant avec la lumière coupées dans des pans de tissu miroitants, ses pièces surprennent et étourdissent. Ses looks s’enroulent et se tordent, sont ceinturés et plissés avec des proportions si inhabituelles que toutes ses créations sont à la fois très nouvelles et très actuelles.
 
Sa palette de couleurs (verts pâles, bordeaux clair, vert acide délavé, violet impérial irisé) est aussi éthérée que l’ambiance générale de son défilé est spectaculaire. Les mêmes couleurs étaient projetées aux murs et au plafond du lieu du défilé, sur la 7e Avenue, alors que les enceintes déversaient les Two Fanfares for Orchestra de John Adams.
 
Sander Lak, auparavant directeur artistique chez Dries Van Noten qui a aussi fait des passages chez Marc Jacobs et Phillip Lim, a aussi présenté une collection homme. Des hommes sensibles, plusieurs en pyjamas de soie couleur ambre surmontés de manteaux de fourrure expressionnistes. Pas vraiment ce qu’il convient de porter pour une réunion matinale à Wall Street. La collection était aussi un témoignage de la façon de travailler de Sies Marjan, avec un atelier composé d’une équipe d’artisans et de modélistes venus de chez Ralph Rucci, le fameux couturier américain.
 
Même la façon dont Sander Lak évoque la mode est différente. « Les couleurs témoignent toujours de la façon dont je me sens : tous les dégradés, ou les couleurs se fondant en une autre, me procurent beaucoup de bonheur. Je me sentais nauséeux à chaque fois que je voyais un angle, alors j’ai essayé d’arrondir le plus possible en faisant des pièces liquides et fluides. On ne travaille pas vraiment sur des thèmes. On ne parle pas de films ou d’expositions. C’est très naturel et viscéral. C’est très personnel. Oui, je voulais quelque chose de spectaculaire, parce que j’aime les choses qui ont de l'impact, mais pas dans le sens théâtral du terme. Ce que je veux vraiment que le public ressente, c’est qu’il vient d’entrer dans un monde différent et que c’est une vraie expérience », a expliqué calmement Sander Lak.
 
Et évidemment, c’est un pari réussi.

Traduit par Clémentine Martin

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