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Audace et groove dans les présentations masculines de ce dimanche

Traduit par
Paul Kaplan
Publié le
13 juil. 2020
Temps de lecture
4 minutes
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Dans cette Fashion Week d'un nouveau genre — exclusivement numérique —, il faut saluer la tentative du designer danois Henrik Vibskov de monter une présentation qui s'apparente à un véritable défilé.


Henrik Vibskov

 
Le "défilé" numérique à retenir ce dimanche parmi les présentations du calendrier officiel de la Chambre Syndicale de la Mode masculine est sans aucun doute "The Horsepower Takeaway" de Henrik Vibskov. L'inspiration du créateur ? Le feu. Sa vision ? L'idée du renouveau. La collection ? Sombre mais superbe. Des costumes imprimés de motifs fleuris en polyester recyclé et en coton bio, des chemises de travail teintes à l'encre de manière irrégulière, et des imprimés troubles qui se fondent entre eux.

À l'inverse de presque tous les autres créateurs participant à cette saison de cinq jours qui prend fin lundi, Henrik Vibskov est présent dans la vidéo : on le voit marcher vers le lieu du show, il s'adresse à son public et présente lui-même les vêtements portés sur des mannequins. À la fin de la présentation, ces derniers sont réunis devant un gigantesque mur de briques à la Fondation Carlsberg, et certains mannequins sont perchés sur d'énormes rocking-chairs en mouvement : un final mémorable.

"Everything’s Fake until it's Real"



La mode parisienne est férue de nouvelles recrues. Le grand début de la journée était celui de KidSuper, la marque du designer Colm Dillane. "On dit souvent que le monde de la mode est rempli d'hypocrites et de gens en plastique, eh bien voici la preuve que c'est faux. Merci Paris", proclame un Colm Dillane en pâte à modeler à la fin de sa vidéo, intitulée "Everything’s Fake until it's Real" ("Tout est faux jusqu'à ce que ce soit réel"). Un vrai court métrage d'animation, avec un casting composé de poupées marchant avec raideur sur un minuscule podium, devant une salle comble. Sur le front row, des marionnettes aux yeux de verre, dont une réplique d'Anna Wintour très cireuse.

La collection ? Des tenues de concert de rock star, des robes de chambre brodées, des manteaux à graffitis ultra-graphiques, et un superbe costume rouge agrémenté de bouches géantes. Probablement too much, mais une arrivée remarquée sur les podiums européens pour KidSuper.

La contribution la plus remarquée de ce dimanche était celle de la marque Kolor, du designer japonais Junichi Abe. Ce dernier a opté pour une vidéo au ralenti de mannequins acrobates, tournée dans un loft en béton. Un mélange impressionnant de tailleur et de style urbain, un métissage culturel particulièrement réussi, avec des constructions asymétriques très convaincantes. Junichi Abe figure parmi les designers les plus créatifs de sa génération. La vidéo s'appuyait sur un air de rock asiatique sensationnel, "Smoke and Mirrors" de Kikgaku Moyo.

Yoshio Kubo a mis en scène sa présentation dans une villa japonaise traditionnelle en bois. Un cadre idéal pour son style langoureux — des chemises en soie toutes fluides, des trench-coats, des chemises à poches militaires, imprimées du slogan "Think Before Wear" ("Réfléchissez avant de porter"). Des vestes de kimono traditionnelles matelassées, des vestes haori particulièrement élégantes et des redingotes d'allure monacale, portées avec des chapeaux kasa. Un véritable énoncé de style, qui ne manquait pas de charisme.

Jolis garçons et filles et déception créative



La journée avait commencé avec Auralee : de jolis garçons et filles arpentant une jetée industrielle désaffectée dans un port, un avion de ligne passant dans le ciel gris et sombre. Les vêtements aussi sont monochromes : des combinaisons vieux rose ou gris perle un peu passé pour ces messieurs, et des pantalons en lin blanc cassé pour ces dames.

KidSuper

 
La vidéo d'Arthur Avellano s'appelle "Origins" — on y voit beaucoup de peau, de chairs et de baisers langoureux, comme pour indiquer de quelle origine il est question. Des vestes en latex portées sur des chemises à fleurs, pour les garçons comme pour les filles, qui passent leur temps à se regarder d'un air rêveur. À vrai dire, il y a cinq fois plus de plans sur la peau des mannequins que sur les tissus qu'ils portent dans la vidéo.

Le label Belge Namacheko a posé ses valises sur une plage de sable au bord d'un lac, pour mieux dévoiler ses mailles et les motifs peints par les deux mannequins sur leurs torses respectifs. Difficile de comprendre l'objectif final de cette proposition.

Facetasm nous a emmenés dans un parking souterrain pour nous montrer son hybridation de vêtements de sport, de survêtements graphiques, de fausses écharpes de football et de sneakers high-tech, avant d'émerger dans la lumière du jardin de la Tokyo Tower. Dans ses bons jours, Hiromichi Ochiai — le créateur de Facetasm — est un styliste talentueux. Mais cette saison, on ne lui décernera aucune palme de la mode : il ne l'a pas méritée.

Archie Alled-Martinez, lauréat du prix LVMH "Young Graduate" en 2018, a réalisé une petite vidéo bon marché, avec beaucoup de plans sur l'entrejambe d'un jeune mannequin qui finit par se déshabiller et dévoiler son slip blanc. Et c'est à peu près tout.

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