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Cuir de poisson : quand de jeunes chimistes marient luxe et écologie

Par
AFP
Publié le
today 12 sept. 2019
Temps de lecture
access_time 4 minutes
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Saint-Fons (France), 12 sept 2019 (AFP) - Un cuir venu de la mer ? Trois jeunes entrepreneurs inaugurent jeudi leurs ateliers près de Lyon, où ils espèrent valoriser une partie des 50 000 tonnes de peaux de poisson qui partent chaque année à la décharge en France. Les locaux - 300 mètres carrés situés dans une zone industrielle de Saint-Fons - sont encore bien modestes. Mais leur société, Ictyos Cuir marin de France, espère atteindre dans les cinq ans le stade industriel.


Les cofondateurs d'Ictyos: Benjamin Malatrait, Emmanuel Fourault et Gauthier Lefebure, dans leur entreprise à Saint-Fons, le 11 septembre 2019 - AFP / PHILIPPE DESMAZES


"On a tous un peu en tête l'idée que le cuir de poisson sent mauvais", concède Benjamin Malatrait, l'un des fondateurs de la startup. Mais c'est faux, enchaîne-t-il, échantillon à la main, "le cuir marin ne sent pas le poisson !".

D'un déchet, Ictyos fait même un produit de luxe : une peau de saumon tannée se vend entre 30 et 40 euros. Ce cuir, souple et résistant, "au rendu proche de celui du lézard", est notamment utilisé pour les bracelets de montre haut de gamme. Tous les ans, la société entend sortir une nouvelle gamme. Après le saumon, ce sera l'esturgeon en 2020.

Écharnage et palissonnage

Le cuir marin est connu depuis des siècles. Le précieux galuchat n'est autre qu'un cuir de raie mis au point sous Louis XV. Mais à ce jour, seules trois entreprises en France travaillent cette matière première, de manière très artisanale.

Dans l'atelier d'Ictyos, les peaux décongelées sont débarrassées de leur chair résiduelle ("l'écharnage"), puis écaillées et nettoyées dans un grand tambour rotatif, le foulon. C'est là que sont ajoutés tannins et teintures. Les peaux sont ensuite séchées à l'air libre, avant de passer entre les griffes d'une machine d'assouplissement ("le palissonnage"), puis pressées. Pour arriver au produit fini, deux semaines de traitements sont nécessaires, dont 80% du temps dans le foulon.

Ictyos a été fondée par trois camarades d'une école d'ingénieurs chimistes. Le plus âgé a aujourd'hui 27 ans. Le choix de Lyon s'est imposé par sa situation géographique, au carrefour de Paris, capitale du luxe, de l'Italie, premier marché des cuirs exotiques, et de la Suisse, patrie de l'industrie horlogère. De plus, Lyon abrite la seule école d'ingénieurs spécialistes du cuir, l'Itech, et le Centre technique du cuir, où les entrepreneurs en herbe ont pu affiner leurs procédés.

Les trois mousquetaires chimistes se sont lancés avec 300 000 euros, venant pour un tiers des banques, un tiers d'aides à la création d'entreprise et un dernier tiers d'une campagne de financement participatif, bouclée en 25 jours. "On a dû refuser du monde !".

Et si l'industrie de la tannerie pâtit d'une mauvaise image, Ictyos se veut résolument verte. Première étape : un circuit non polluant d'approvisionnement en peaux, passant par des accords avec des mareyeurs, des éleveurs de carpes de la Dombes voisine et même... une grande chaîne de sushis.


Echantillons de cuirs de poisson produits par Ictyos - AFP / PHILIPPE DESMAZES


Autre choix fort, renoncer au chrome qui sert aujourd'hui à tanner la quasi-totalité du cuir dans le monde... Sauf celui des selles, les chevaux y étant allergiques. Les fondateurs d'Ictyos ont mis au point des procédés à base de matières végétales. "Il a fallu 1 500 tests et deux ans pour mettre au point des tannins spécifiques pour chaque espèce de poisson", souligne Benjamin Malatrait. La société doit encore installer un équipement qui permettra de recycler 97% de l'eau nécessaire au tannage végétal. Elle teste également des lasers pour se passer de produits chimiques pour la teinture.

Première en une génération

Aujourd'hui, la capacité de production de l'entreprise ne dépasse pas 2 000 peaux par mois. Mais ses fondateurs ne comptent pas s'arrêter là. Dans cinq ans, ils visent une taille industrielle par la reprise d'une installation fermée, avec ses équipements, ou la construction d'un nouveau site, avec des machines neuves. Un investissement de 5 à 20 millions d'euros qui les contraindra à ouvrir le capital de leur société.

Une petite révolution dans la tannerie, décimée par la désindustrialisation : depuis au moins une génération, aucune usine n'a été lancée ex-nihilo en France, selon la Fédération française de la tannerie-mégisserie.


Par Frédéric GARLAN

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