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Clémentine Martin
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17 févr. 2022
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Fashion Weeks masculines et Haute Couture: les chiffres et tendances à retenir

Traduit par
Clémentine Martin
Publié le
17 févr. 2022

Vendredi 18 février, la Fashion Week de Londres donnera le coup d’envoi des défilés féminins en Europe. Mais avant cela, revenons sur les derniers événements du secteur pour découvrir les chiffres et les tendances identifiés comme déterminants par les spécialistes de l’analyse. Les défilés physiques évoluent, l’inclusivité est partout et certaines présentations sortent clairement du lot.


Kenzo - Automne/hiver 2022 - Prêt-à-porter homme - Paris - © PixelFormula


Il faut tout d’abord noter une légère augmentation du nombre de défilés menswear lors des dernières Fashion Weeks. Pour la saison automne-hiver 2022, 47 présentations physiques ont eu lieu, dont certaines en l’absence de public ; au printemps/été 2022, on n’en avait compté que 43. Parmi ces 47 défilés, 22 ont fait le choix de mélanger les pièces masculines et féminines, même dans le cadre des Fashion Weeks masculines. C’est Paris qui a clôturé la saison masculine, avec 76 marques inscrites au calendrier officiel dont 17 défilés physiques, 29 présentations présentielles et 30 événements purement digitaux. Au total, près de 100 présentations ont eu lieu à Paris, Londres et Milan.

D’après le dernier rapport du moteur de recherche spécialisé dans la mode Tagwalk, le classement des firmes les plus recherchées sur sa plateforme du 14 au 27 janvier reste prévisible étant donné le contexte. Kenzo s’offre la première marche du podium, grâce à la présentation de la première collection de son charismatique nouveau directeur artistique, le Japonais Nigo. Dévoilée lors d’un gala à la galerie Vivienne à Paris, cette collection médiatique et largement republiée sur les réseaux sociaux a bénéficié de la présence toujours sulfureuse de Kanye West, flanqué de sa nouvelle compagne Julia Fox. Louis Vuitton arrive deuxième, avec la dernière collection imaginée par Virgil Abloh avant son décès en novembre dernier.

Stars de cinéma, séniors et tailles inclusives



Le duo créatif formé par Miuccia Prada et Raf Simons décroche la troisième place. Lors de son dernier défilé à Milan, la griffe s’est adjoint les services de deux mannequins d’exception : les célèbres acteurs Jeff Goldblum et Kyle MacLachlan. La vidéo publiée sur le profil officiel de la marque italienne, où l’on voit défiler l’acteur principal de Twin Peaks, cumule déjà plus de 260 000 vues. Ces deux monstres sacrés du cinéma incarnent aussi une autre tendance à la hausse : faire défiler des mannequins plus âgés lors des défilés masculins. Chez Prada, pas moins de sept mannequins « séniors » ont été observés. Ils étaient trois chez Y/Project et cinq chez le Japonais Yohji Yamamoto.


Défilés de Prada et AMI


La marque française Ami est elle aussi allée chercher du côté du cinéma avec les actrices Isabelle Adjani, Rebecca Dayan et Laetitia Casta. Un coup de maître pour se gagner les faveurs de l’assistance, mais aussi pour doper sa présence dans les médias et sur les réseaux sociaux, et même dans le métro, où Alexandre Mattiussi a diffusé des extraits de son défilé au Palais Brongniart.

Au classement de la Haute Couture pour le printemps-été 2022, pas de grande surprise non plus, d’après le spécialiste français de l’analyse des données de la mode. Les défilés ont eu lieu à Paris du 24 au 27 janvier. Trois figures iconiques du calendrier, Christian Dior, Chanel et Valentino, arrivent en tête avec 13,3%, 12,3% et 11,1% des recherches. Plus inattendu, Schiaparelli s’offre la quatrième place avec 7,7% des recherches, ce qui montre bien l’intérêt que suscitent les propositions originales et dadaïstes du génial Daniel Roseberry, qui s’attaque avec enthousiasme à revisiter les codes de la maison fondée par Elsa Schiaparelli dans les années 1930. Une stratégie qui porte progressivement ses fruits. De son côté, le défilé de Jean Paul Gaultier se classe cinquième et suscite l’intérêt du public avec son nouveau format de collaborations artistiques avec d’autres créateurs. Cette fois, c’est un Glenn Martens très inspiré qui a su se mettre la presse spécialisée et les influenceurs dans la poche, avec des collections acclamées pour sa propre marque Y/Project et pour Jean Paul Gaultier.

La question de l’inclusivité s’invite aussi bien dans la haute couture que dans les défilés masculins cette saison, comme le montre Pierpaolo Piccioli chez Valentino. La maison italienne innove et fait défiler des mannequins de tous les horizons, dont les premiers hommes à fouler les podiums de la Haute Couture. Certaines mannequins femme affichent un âge plus avancé, comme Marie Sophie Wilston et Lynne Koeste, et d’autres montrent fièrement leurs courbes, comme Apollo Yom et Devyn Garcia. Pour le créateur italien, la collection présentée dans les luxueux salons de la place Vendôme représente « un nouveau canon qui reflète la richesse du monde contemporain, faisant la promotion d’une idée de la beauté qui n’est plus absolue ». Des codes esthétiques repensés qui se reflètent aussi dans le maquillage avec des cils en plumes imaginé par Pat McGrath et par les incrustations de cristaux Swarovski de Peter Philips pour Kim Jones chez Fendi.


Des femmes de toutes les âges et de toutes les tailles chez Y/Project et Valentino


Du côté des tendances masculines, le cabinet de tendances Heuritech s’est penché sur plus de 8 000 photographies des collections publiées sur Instagram ou dans les médias spécialisés. Il détecte une consécration du style "explorateur New Age", une thématique que l’on retrouve chez Hermès, Brunello Cucinelli et Isabel Marant avec des pièces fusionnant des références outdoor vintage avec une vision futuriste du sportswear contemporain. Le cabinet constate un gain de popularité du style "jeunesse rebelle", avec des couleurs brillantes et un humour absurde que l’on peut observer chez Loewe et Bluemarble.

Le corps au centre : le nu (en trompe-l’œil) ou la surprotection totale



L’élégance du dandy classique, avec une forte présence de la fourrure, du cuir, des pulls à col roulé ou des superpositions, reste une tendance dominante d’après Heuritech, qui cite les présentations de Casablanca, Ernest W. Baker, Zegna et Erdem. Mais cet archétype de la masculinité se nuance de codes féminins, notamment à travers les accessoires. Ces messieurs sont chaussés de salomés, drapent de fines écharpes à leur cou et arborent des colliers chokers.


Corps nus ou entièrement dissimulés dans les défilés de Rick Owens et Loewe


De son côté, Tagwalk identifie une hausse des recherches de manteaux en fourrure synthétique, en hausse de 644,3 % sur la plateforme. Les rayures milleraies perdent du terrain avec - 64,3 % de recherches par rapport à la saison précédente. L’entreprise fondée par Alexandra Van Houtte constate aussi un gain de popularité des tenues de ski, ce qui se traduit par l’augmentation des recherches de doudounes ou de manteaux matelassés. Le style preppy, au cœur de la collection de Kenzo, est aussi très recherché. Du côté des couleurs, l’utilisation du violet revient dans 27 défilés et le bordeaux dans 32. Le confort a toujours sa place sur les podiums, avec des chaussures des marques Birkenstock et Crocs dans les défilés de Dior Men et Louis Gabriel Nouchi. Les looks en molleton de la tête aux pieds et les tenues de détente sont aussi en augmentation.

Concernant le contexte social actuel, les données de Tagwalk font état d’une double tendance par rapport à la relation au corps: il se découvre complètement ou se dissimule intégralement, comme dans certains looks des défilés de Rick Owens et Y/Project. Cette marque fait aussi référence au nu avec des imprimés trompe-l’œil, une stratégie aussi adoptée par Loewe. La surprotection des corps transparaît dans l’accessoire phare de la saison : la cagoule, qui revient dans près de 20 défilés. Le béret, remis au goût du jour grâce au succès de la série de Netflix "Emily in Paris", fait une percée timide, avec une présence dans cinq défilés seulement.
 

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