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Guillaume Foucault (Corpcom) : "La situation n'a rien à voir avec une réouverture après travaux"

Publié le
7 mai 2020
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4 minutes
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Après un parcours de journaliste économique, notamment pour Le Figaro, et d'analyste financier, Guillaume Foucault a fondé en 2014 l'agence de communication de crise Corpcom à Paris. Ses affaires courantes ? Des entreprises en dépôt de bilan, des incidents sur les sites de production, des départs de dirigeants ou encore des plans de licenciement. Tout ce qui génère du stress, de la crainte, de la colère au sein d'une entreprise et peut amener à ternir son image à l'extérieur. A l’heure du déconfinement, alors que les dossiers de sociétés en situation délicate commencent à s'accumuler, cet "expert des cas difficiles" détaille pour FashionNetwork.com les messages importants à transmettre par les entreprises.
 

Guillaume Foucault - FNW



FashionNetwork.com : Avec le déconfinement le  11 mai, quels sont les messages à transmettre aux équipes ?

Guillaume Foucault :
Tout d’abord il faut éviter une grosse erreur : ne pas croire qu’il s’agit d’une réouverture après travaux ou après les congés d’été. Cela n’a rien à voir et cela doit être considéré comme un moment exceptionnel. Il va falloir faire preuve de beaucoup, beaucoup de pédagogie.

FNW : Que faut-il dire alors pour cette reprise ?

GF :
Il va falloir redonner du sens. Quand on fait un métier, quand on propose un produit ou un service, c’est qu’il y a un client qui en a besoin. Cela peut être de l’équipement pour des professionnels de santé ou simplement permettre aux gens qui vont avoir besoin de respirer après deux mois de confinement de s’acheter des chaussures, des vêtements et leur offrir ce moment agréable. Il va falloir redonner du sens à tous les niveaux.

Le deuxième point est la responsabilisation des équipes. Il faut bien expliquer les mesures et quel est le rôle de chacun. Et là c’est agir comme pour une rentrée des profs. On réunit tous les collaborateurs et on remet tout le monde au même degré d’information. Là, pendant deux mois, vous avez eu les mordus d’infos, ceux qui ont juste suivi Facebook et les réseaux sociaux et ceux qui n’ont rien vu. Tout le monde doit être remis au niveau et aligné.

FNW : Les enseignes, les magasins vont devoir s’adapter à la situation?

GF :
Oui, il faudra préparer une adaptation à la clientèle et aux horaires d’activité des Français. Il y aura aussi un décalage entre l’activité entre les grandes métropoles et les magasins dans les plus petites communes. Les queues dans la rue par exemple : quand vous avez deux clients qui attendent c’est gérable. Comment avoir une rue commerçante avec des files de 20 personnes devant chaque boutique ? Il va aussi falloir anticiper un protocole dans le cas de crises d’angoisse dans les boutiques. Il faudra être capable de gérer ces situations de stress.

FNW : Comment gérer l’angoisse des équipes et faire appliquer une organisation?

GF :
Dans les grandes villes, les équipes des magasins vont souvent devoir prendre les transports en commun. Au quotidien, il faut mettre en place des réunions de briefing et de debriefing. C’est important pour faire remonter les informations. Ensuite, il faut dire aux managers que les équipes doivent être exemplaires. L’équipe doit être irréprochable pour pouvoir demander d’appliquer des consignes au client. On en parle depuis longtemps, mais c’est l’occasion pour les boutiques de s’inspirer du luxe avec le souci du client et le service avec des gants blancs.
 
FNW : Les prévisions des différents organismes nationaux ou continentaux prévoient des périodes compliquées pour l’économie. Les entreprises doivent-elles communiquer directement sur la situation de l’entreprise ?

GF :
En France, les dirigeants doivent réserver la primeur des échanges sur la santé de l’entreprise aux instances représentatives du personnel (IRP). L’entrepreneur qui dira que tout va bien n’aura pas de souci, celui qui annonce des difficultés potentielles directement à ses salariés risque un procès. C’est pour cela qu’il faut échanger le plus rapidement possible avec les IRP. Ensuite il pourra communiquer. Si la situation est compliquée, il faut le dire. Si elle est grave mais pas désespérée, il faut l’expliquer. Si elle est désespérée, il faut le faire comprendre.

FNW : C’est-à-dire ?

GF :
Il y a déjà de gros acteurs du secteur de la distribution qui tombent actuellement. Cela se passe aussi dans d'autres secteurs. Les sociétés qui avaient des difficultés, des problèmes de trésorerie auparavant sont très fragilisées. Il faut donner ce contexte. Avec la tempête, les plus fragiles disparaissent et les autres s’enrhument. Et aujourd’hui tout le monde s’enrhume.

FNW : Et pour la communication auprès des partenaires, des fournisseurs ou des investisseurs, que fait-on avec les impayés, les situations de trésorerie tendue ?

GF :
Il faut faire attention à ce que l’on communique pour éviter la panique et les situations de tension avec les partenaires. Il faut privilégier les appels et les échanges. En ce qui concerne les LBO, il y a des contraintes de publication qui font que les prêteurs sont informés des situations des entreprises. Mais les private equity et les détenteurs de dette prendront des décisions à la fin du semestre. Les situations de trésorerie peuvent être complexes. Les entrepreneurs sont d’un naturel plutôt optimiste, sinon ils ne feraient pas ce métier. Mais dans le contexte actuel, il faut vraiment se faire accompagner.
 

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