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Morgane Sézalory (Sézane) : "Notre objectif c'est d'être la marque de demain"

Publié le
today 16 oct. 2019
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Ce vendredi 18 octobre, c'est une ouverture événement qui va se dérouler dans le XVIIème arrondissement de Paris, au numéro 63 du boulevard des Batignolles. C’est à cette adresse, proche du métro Villiers, un peu retirée du cœur du quartier des Batignolles, que Sézane lance un nouveau point de vente, plus grand que les précédents, au sein duquel elle ajuste son concept retail. La marque qui aurait réalisé un chiffre d’affaires de 80 millions d’euros en 2018 ajoute ainsi un septième point de vente à son actif, à savoir quatre boutiques et deux corners, entre Paris, Londres, New York et Aix-en Provence, auxquels s’ajoutent deux conciergeries dans la capitale, relais physique de l’e-shop.
 

Morgane Sézalory - Sézane


Sous le nom de code "Le libre service", la nouvelle boutique s’inscrit dans la lignée des appartements, mais dans un esprit plus ouvert, moins showroom, avec un plus grand nombre de références accessibles sans aide aucune, pour un shopping plus autonome des visiteurs.

« Chez Sézane, on apprend en marchant », comme le dit Morgane Sézalory, qui a accordé une interview à FashionNetwork.com, à la veille de l’inauguration officielle. Un concept qui évolue, au gré des enseignements des précédents points de vente et des intuitions de la fondatrice et dirigeante.  

FashionNetwork.com : Vous vous apprêtez à ouvrir une nouvelle boutique à Paris, peut-on dire à quoi ressemblera ce concept auquel vous donnez actuellement les dernières touches on l’imagine ?

Morgane Sézalory : Oui, les toutes dernières touches... Tout sera prêt ce jeudi, date de l'inauguration, avant ouverture au public vendredi. Nous peaufinons les derniers détails… C’est pour nous un concept différent surtout parce qu’il présentera beaucoup, beaucoup de pièces ! L’idée c’est un libre service, que l’expérience du visiteur soit à la fois plus libre et plus rapide ! Même si Sézane reste bien évidemment au cœur du magasin, il y a un côté également un peu plus concept-store, en toute modestie, avec d’autres marques sur toutes les catégories de produits, de la sneakers aux bijoux, et également des collaborations spéciales avec des marques, comme Les Récupérables. Il y aura aussi une offre vintage, clin d’œil au lieu et à notre histoire, une proposition d’upcycling à partir d’anciens tissus, baptisée « Les Chutes libres »… Beaucoup de choses en somme, aussi parce que l’espace (400 mètres carrés sur deux niveaux, ndlr) nous le permet ! Il va y avoir des vrais univers différents dans lesquels circuler, avec la chaussure, le bijou, et aussi une offre lifestyle spécialement grande dans ce point de vente.
 
FNW : En quoi l’approche shopping est elle différente ici ?

MS :  En fait, "l’appartement" a un esprit très showroom. Au tout début, on ne pouvait même pas repartir avec son produit, ce qui a bien évidemment changé ensuite, mais qui a tout de même été préservé dans l’esprit, avec une approche du shopping où l’on demande à voir et essayer un produit. C’est un endroit un peu pour les "initiés". Quand nous avons trouvé ce nouveau lieu dans le XVIIème arrondissement, nous nous sommes demandé ce que l’on pouvait faire différemment ici. Nous avions envie que les clients soient plus "acteurs" de l’espace. La nouvelle boutique a un rez-de-chaussée, au croisement de plusieurs rues, donc l’idée d’un shopping plus libre s’est imposée. Et de le matérialiser en l’appelant "Le libre service", après "L’Appartement".
 
FNW : Comment avez-vous trouvé ce lieu, et pourquoi ce quartier ?

MS : Je ne le cherchais pas du tout ! C’est un coup de cœur, un hasard ! Il se trouve que nous faisions un shooting dans l’immeuble, j’ai été charmée par cet endroit, et j’ai croisé le propriétaire, il m’a montré des espaces de bureaux vides, et puis le rez-de-chaussée, un ancien bazar, puis parapharmacie, s’est libéré également. J’ai tout de suite cru au potentiel énorme du tout. Quant au quartier, ce qui nous correspond bien c’est que nous ne sommes pas vraiment dans la zone shopping des Batignolles, nous sommes encore une fois, comme dans notre fief du IIème arrondissement, un peu en marge. Il n’y a pas de magasins de mode autour, cela caractérise notre indépendance. Nous voulons que les gens viennent vraiment pour passer un moment chez nous.
 

"Je n'ai pas envie de trop développer Sézane en physique"



FNW : Vous ouvrez par ailleurs des pop-ups dans des grands villes françaises, on imagine qu’on vous y réclame également d’ouvrir des boutiques pérennes ?

MS : Oui nous continuons à faire le tour de France, à Bordeaux en ce moment, puis Lyon, après Lille, nous allons tout simplement à la rencontre de nos clientes. Mais notre terrain de jeu est et restera le site internet ! Les rencontrer via le format pop-up, c’est une manière de les remercier, en leur consacrant de l’énergie et du temps, en allant vers elles. C’est la même démarche également à l’étranger, ou des boutiques éphémères sont au programme de 2020, aux Etats-Unis et en Europe. Mais ces clientes, ce sont avant tout les clientes du site. Je n’ai pas envie de trop développer Sézane « en physique », car c’est beaucoup de travail parce que nous voulons ouvrir des lieux uniques. Le XVIIème, c’est un coup de cœur. Après peut-être tomberai-je sur de nouveaux très beaux endroits… Qui sait ? Cela tient davantage de ma passion personnelle pour le mobilier, la décoration…
 
FNW : Justement, vous avez évoqué une offre lifestyle, avec donc un peu de décoration. Est-ce que vous pourriez aller plus loin dans cette catégorie, pour transformer cette passion ?

MS : C’est une envie de longue date, en effet… Mais c’est un autre métier, et je ne veux le faire que si j’estime que je peux atteindre le même niveau d’exigence que celui que nous avons atteint pour la mode. Mais oui, cela fait partie des projets que je cultive, mais cela pourrait tout à fait prendre dix ans !
 
FNW : Vous avez aujourd’hui une offre assez large, avec le prêt-à-porter, une grande gamme d’accessoires, vous aviez ensuite lancé l’homme… Y a-t-il encore de nouvelles catégories en projet ?

MS :
Oui ! Nous allons lancer une ligne sport éco-responsable en novembre ! Une gamme sport pour la femme, d’une trentaine de références, sur laquelle on a travaillé pendant deux ans, jusqu’à ce que le mariage entre la technicité, la durabilité et la mode soit totalement abouti. L’ensemble de la gamme est en matières recyclées ou éco-conçues, sans sacrifier les propriétés nécessaires pour des vêtements de sport.


Collection octobre 19 - Sézane


FNW : La durabilité est un de vos chantiers annoncés pour cette année, et les suivantes. Où en êtes-vous de vos objectifs sur ce point ?

MS : Nous sommes au point pour toute la ligne denim, et une grande partie de nos essentiels qui ont basculé vers des matières et une approche écoresponsables, avec un impact minimisé sur l’environnement. Cela a représenté un très grand travail pour nous puisque cela concernera toutes nos pièces permanentes d'ici septembre 2020. Nous sommes au-delà de nos objectifs puisque nous avons référencé quatre fois plus de matières qui répondent à nos nouvelles exigences. Et cela représentera les deux tiers de notre offre au total la saison prochaine. C’est vraiment LA priorité en matière de développement produit : faire tout ce qu’il est possible de faire, et en transparence, même si cela veut dire que l’on marge moins, très concrètement. Et ce en continuant à pousser encore plus loin le travail de création, qui prend de plus en plus de mon temps. Notre objectif c’est d’être vraiment la marque de demain. Pour moi la marque de demain c’est la plus responsable et la plus créative à la fois.   
 
FNW : Vous dites que la création vous prend de plus en plus de votre temps… Comment avez-vous réussi à en dégager tout en étant dirigeante d’une structure qui grandit (180 salariés désormais) ? Quel est le rôle de vos associés, Corentin Petit et Thibault Lougnon, votre mari ?

MS :
Nous sommes tout simplement de mieux en mieux organisés ! L’équipe est large et fidèle, elle est donc montée en compétences. Thibault Lougnon est dans l'opérationnel depuis un an (comme président exécutif, ndlr), Corentin Petit ne l'est plus, mais il intervient quand ils peut nous apporter quelque chose sur un sujet spécifique qui le passionne ! Mais oui, j’ai réussi à évacuer tout un tas de sujet pour me concentrer sur ce que je préfère : à savoir la création, et l’image.
 
FNW : On évoque le chiffre de 80 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2018, peut-on savoir comment il devrait évoluer en 2019 ?

MS :
Non… Nous ne communiquons pas sur nos chiffres… Ce n’est pas un tabou, mais ça n’est pas un sujet sur lequel je souhaite m’exprimer. Je fais le choix d’incarner la marque, et pour moi cela veut dire prendre la parole sur la création. La marque, c’est sur le champ de la création qu’elle doit s’exprimer. Ce que je peux simplement dire, c’est que nous arrivons à faire quelque chose qui est de plus en plus abouti, ce qui nous ouvre petit à petit toujours plus de possibilités… Sézane est une marque généreuse et respectueuse de ses clients, donc, logiquement oui, elle grandit. Cette année encore. Et certainement les suivantes si l’on suit le chemin tracé.
 
FNW : Vous avez fait entrer un nouvel actionnaire minoritaire l’an passé, le fonds américain General Atlantic. Quel est le rapport que vous entretenez, et quel est l’objectif de cette collaboration ?

MS :
Ce que je peux dire c’est que cela n’a rien changé à notre façon de travailler au quotidien, car ça n’est pas un rapport qui s’inscrit dans la quotidienneté. Ils interviennent parfois sur des sujets spécifiques, techniques, informatiques… mais c’est tout. Nous ne sommes pas le nez dans les coûts financiers immédiats. S’ils se sont engagés auprès de nous, c’est pour soutenir ce que l’on veut faire de Sézane : une marque belle dans le temps.
 
 
 

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