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Natacha Ramsay-Levi (Chloé) : "Nous ne sommes pas dans un moment subtil ou de poésie"

Publié le
today 28 avr. 2019
Temps de lecture
access_time 8 minutes
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Directrice de la création pour le prêt-à-porter, la maroquinerie et les accessoires de Chloé (groupe Richemont) depuis avril 2017, Natacha Ramsay-Levi (39 ans) a été la grande star du 34ème Festival International de Mode et de Photographie de Hyères, dont elle a présidé le jury pour le concours Mode. L’occasion pour FashionNetwork.com de la rencontrer pour parler de création bien sûr, mais aussi de l’évolution du métier de designer, du marché du luxe aujourd’hui et de ses projets chez Chloé.


Natacha Ramsay-Levi - © Emile Kirsch / JPPM


FashionNetwork.com : Après le Studio Berçot, vous avez travaillé 15 ans avec Nicolas Ghesquière, dont vous avez été le bras droit chez Balenciaga, puis chez Louis Vuitton. Comment avez-vous affronté ce nouveau chapitre chez Chloé ?

Natacha Ramsay-Levi :
Lorsque j’ai fait ma première collection, j’avais envie de la faire un peu comme une lettre d’amour à toutes les choses que j’aime chez Chloé. Il y avait donc une série de petits chapitres : des robes picturales, qui faisaient référence au travail de Karl Lagerfeld, de la broderie anglaise en référence à Phoebe Philo, etc. Tout ce que j’avais identifié comme étant purement Chloé. Cette collection était pour moi la table des matières, ensuite j’ai pu aborder le chapitre 1, le chapitre 2… Cela fait quatre collections depuis deux ans, huit en comptant les pré-collections.

FNW : A partir de là, vous avez changé la femme Chloé, vous avez apporté votre touche ?

NRL :
Oui, parce que je pense qu’on ne peut faire ce métier qu’avec sincérité. Mais il ne s’agissait pas de révolutionner Chloé. Plutôt de la faire évoluer. Je ne peux le faire qu’avec ce que je pense et ce que je suis.

FNW : Qu’avez-vous apporté de différent à la femme Chloé ?

NRL :
La structure, du tailleur avec le retour au tailoring, et peut-être une force un peu plus affirmée. C’est surtout ce que l’on me dit. J’ai insufflé une esthétique à la fois sophistiquée et nonchalante, c’est un équilibre entre une femme soft et forte, car je ne pense pas que l’on puisse être juste soft. On a besoin des deux aspects.

FNW : Vous avez développé le thème de la féminité à travers les bijoux, les imprimés, des détails. Pourquoi ?

NRL :
Cela a commencé par une petite figure cycladique, qui date du quatrième millénaire avant Jésus-Christ, un torse avec les cuisses. J’en fais depuis le début. Puisque Chloé est cette marque ultra-féminine, j’aimais bien cette idée que la femme avait aussi été un totem qu’on adorait et donc de la porter comme un grigri, comme une amulette ou un porte-bonheur. Certains portent des croix, je trouve ça beau de porter une femme. Je l’ai développé dans les bijoux, les boîtes d’allumettes. C’est devenu un modèle récurrent. Et puis, j’ai développé d’autres messages de ce type-là. La féminité voyage de saison en saison, une fois dans les bijoux, une fois dans les imprimés, une autre fois dans une broderie.

FNW : Vous avez notamment renforcé la catégorie des bijoux ?

NRL :
Oui, parce que j’adore ça ! Je considère que dans les bijoux, on met beaucoup d’émotions et de messages. Cela me permet de dire des choses assez subtiles. Or, ce sont des objets que l’on s’approprie facilement car ce sont des bijoux fantaisie. C’est aussi des premiers prix.

FNW : Vous avez développé d’autres accessoires ?

NRL :
J’aime bien la mode dans son ensemble. La chaussure a pris beaucoup d’importance aussi. Ce sont les deux catégories que j’ai davantage explorées par rapport à ce qu’avait pu faire Clare Waight Keller (la précédente directrice créative de Chloé, aujourd’hui passée chez Givenchy, ndlr). Mais je fais aussi beaucoup de sacs. J’aime aussi l’idée d’ornement, de se parer. Les chaussures, c’est une attitude, c’est la force du mouvement, la façon dont on se tient et l’on va de l’avant. La silhouette commence par là.

FNW : Qu’est-ce qui vous inspire le plus ?

NRL :
Les films sont une grande source d’inspiration. Nous filmons les campagnes publicitaires et tirons les photos des captures d’écran. Nous partons du film pour décrire qui sont ces femmes Chloé, leur naturel. Le cinéma a pu apporter une épaisseur au personnage. La photo pourrait le faire de manière sophistiquée, mais ce ne serait pas tout à fait Chloé. Le cinéma donne de la profondeur au personnage et les vêtements sont plus stylisés. Finalement, on parle plus de l’adéquation de la femme et du porter plutôt que du vêtement lui-même. 

FNW : Vous êtes chez Chloé depuis quatre saisons, comment ont été accueillies vos collections ?

NRL :
Plutôt très bien. Il y a un shift, car forcément, je propose un autre point de vue. Il faut que la clientèle puisse se retrouver et retrouver ses codes. Tous nos partenaires sont présents et il y en a même de nouveaux, arrivés dès la première collection, comme Dover Street Market.

FNW : Lorsque vous êtes arrivée chez Chloé, vous aviez déjà une belle expérience. Qu’est-ce que cela a changé pour vous de devenir directrice artistique ?

NRL :
Cela change beaucoup. C’est d’abord un honneur et une joie immense. Mais il y a deux principales différences. La première, c’est de pouvoir choisir les gens avec qui je travaille et créer une communauté de travail. Je fonctionne beaucoup en tribus. Il y a beaucoup de personnes que j’aime et dont j’admire le travail, qui sont devenues des amies au fil des années, avec qui maintenant je peux travailler. Et cela est une vraie satisfaction de cureter un groupe de travail. La deuxième, c’est de pouvoir parler en mon nom et donc de réfléchir, c’est toute la partie mentale.

FNW : Cela signifie donner votre point de vue, c’est important ?

NRL :
Dessiner des produits, je l’ai fait toute ma vie, avec Nicolas Ghesquière et pour lui chez Balenciaga puis chez Louis Vuitton. Une activité sur laquelle je suis assez solide. En revanche, je n’avais jamais fait de narration jusque-là. Ce n’était pas dans ma culture. Aujourd’hui, la narration est aussi importante que le produit. Devoir expliquer une collection, pourquoi je suis allée là, la mettre en mot, y réfléchir, lui donner un sens, chercher des références littéraires, etc. C’est un travail génial. Cela m’a reconnecté notamment avec mes origines et passions.

FNW : Comment avez-vous vu évoluer le métier de designer et celui de directeur artistique ?

NRL :
Le métier de manière générale a évolué de designer à directeur artistique. Le rythme des collections, les enjeux commerciaux ont beaucoup changé, le nombre de plateformes de communication a augmenté. Aujourd’hui, quand on est DA, on est moins designer, je pense, qu'on ne l’était il y a 20 ans. On avait plus de temps pour se concentrer sur le produit. On ne fait plus de la mode comme on la faisait il y a 20 ans. On a davantage un rôle de chef d’orchestre.


Natacha Ramsay-Levy lors de la master class organisée à Hyères - ph Dominique Muret


FNW : Se centrer sur la création pure ne vous manque pas ?

NRL :
Non, car c’est génial de tout chapeauter. D’abord parce que j’aime toutes les catégories de produits. Les chaussures, les lunettes… Tout m’amuse à faire. Si l’on pouvait inventer d’autres accessoires demain, je le ferais avec joie. Ensuite, c’est fantastique de pouvoir créer une image, de raconter une histoire, de créer un set de défilé, de réfléchir à une musique. Je trouve cela merveilleux de pouvoir commissionner des artistes sur différents sujets.

FNW : Comment voyez-vous le marché du luxe aujourd’hui ?

NRL :
Je pense que tout le monde est un peu perdu aujourd'hui sur ce qui marche ou ne marche pas. Il est très clair, à mon avis, que ce qui marche ce sont des choses assez fortes et impactantes. Nous ne sommes pas dans un moment subtil ou de poésie. Justement, dans un marché assez fort, dynamique et assez voyant comme celui d’aujourd’hui, c’est là où Chloé doit trouver sa place, car c’est une marque qui joue plutôt sur la douceur, la souplesse, la féminité et quelque chose d’aérien.

FNW : Pensez-vous que les réseaux sociaux ont renforcé cette tendance ?

NRL :
Peut-être. Les réseaux sociaux ont accentué, en effet, ce besoin de visibilité immédiate. Ce que je trouve plutôt intéressant. En même temps, du coup, chaque marque a vraiment une identité qui lui est propre et chacun a sa place aussi. Il y a une forte créativité en ce moment.

FNW : Quel est l’équilibre entre la créativité et les exigences commerciales ?

NRL :
C’est un équilibre que l’on cherche tout le temps ! Avec des moments dédiés à cette quête et des moments à n’écouter que l’instinct, sinon on se perd aussi là-dedans. J’essaie de programmer des plannings avec des journées consacrées à la stratégie, le business, et des journées où je ferme les portes, je reste avec mon studio et on bosse. Nous sommes 12 à peu près.

FNW : Vous avez beaucoup de pression ?

NRL :
On en a tous. Beaucoup, oui il y en a. Je ne vais pas vous cacher qu’il y en a. Mais tout le monde est conscient aussi qu’il est impossible de créer avec trop de pression. Je suis quelqu’un d’assez ouvert, qui aime bien travailler en équipe. En plus, je suis assez poreuse. Donc, s’il y a trop de pression, je le dis. Il faut être solide. Je le suis, car je connais aussi mes limites. Il y a un moment, où je ferme les portes et il faut me laisser travailler.

FNW : Vos prochains projets pour Chloé ?

NRL :
Nous allons présenter la pré-collection à Shanghai. Je n’appellerais pas ça une collection croisière, car nous ne sommes pas une grande maison. Nous ne déployons pas des moyens extraordinaires comme Louis Vuitton, Dior ou Chanel. C’est donc juste une pré-collection, réalisée normalement comme on les fait d’habitude, mais que l’on va présenter en Chine comme un événement national, c’est-à-dire un événement vraiment dédié au public chinois dans un lieu que j’ai choisi et que j’aime beaucoup.

FNW : Vous vous destiniez à la mode ?

NRL :
Adolescente, je faisais mes propres habits. J’utilisais ma manière instinctive de m’habiller pour m’exprimer. L’impact d’un look est immédiat. En une seconde, il offre une vision de ta personnalité. Je pense que la mode avait toujours été présente en moi, mais c’est quelque chose que je n’assumais pas très bien. J’ai d’abord fait des études à Jussieu en histoire africaine et j’adorais ça. Au terme d’un long voyage seule, trois mois au Mali, où j’ai eu le temps de réfléchir, cela m’est apparu comme une évidence : la mode était ce que je devais faire. 

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