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Que réserve Bercy au commerce dans son plan de relance de l'économie ?

Publié le
26 juin 2020
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Dans son allocution du 14 juin dernier, le président Emmanuel Macron en appelait à une "reconstruction économique, écologique et solidaire". Il avait précisé qu'elle serait "préparée durant tout l’été avec les forces vives de (la) Nation pour être mise en œuvre au plus vite". Dans cette course à la reconstruction, Bercy a réuni le 25 juin au matin les représentants de fédérations du commerce, de l'artisanat et des indépendants. Selon les informations de FashionNetwork.com, un plan de relance sera présenté la semaine prochaine, avant un second volet attendu pour l'automne. Un dispositif qui va principalement s'orienter vers le commerce de proximité, faisant redouter aux enseignes d'être mises de côté. L'occasion de faire un tour d'horizon des mesures réclamées par les commerçants auprès l'exécutif, qui va devoir trancher.


Bercy


Parmi les nombreux changements constatés durant la crise du Covid-19, on observe un curieux retournement de situation : alors que les commerces indépendants se sont longtemps sentis incompris par l'exécutif, avec le sentiment d'être invisibles face aux grands magasins et enseignes internationales d'habillement, aujourd'hui, ce sont les enseignes qui se sentent mises de côté, à l'heure où l'exécutif donne ouvertement la priorité à la sauvegarde les petits commerces.

Et ceci alors que les mauvaises nouvelles se succèdent du côté des chaînes, touchant en quelques semaines Naf Naf, Orchestra, La Halle, André, Camaïeu, Un Jour Ailleurs, Verywear (Devianne) et tout récemment Celio, qui a demandé son placement sous procédure de sauvegarde. La mise en place d'un plan de relance devient, de fait, le théâtre d'une bataille d'influence entre les différentes types de réseaux de distribution mode.

Selon les informations de FashionNetwork.com, avant même la réunion du 25 juin en présence du ministre Bruno Le Maire, deux réunions préparatoires ont été menées les vendredi 19 et lundi 22 juin sous la direction de la secrétaire d'État Agnès Pannier-Runacher. Durant ces rendez-vous étaient représentés CCI France, les Chambres de métiers et de l'artisanat (CMA), le Conseil du commerce de France, l'Alliance du commerce (grands magasins, enseignes mode/chaussure) et des représentants du commerce indépendant.

Elles ont été l'occasion pour les parties prenantes d'avancer leurs demandes. Reste désormais à savoir lesquelles seront finalement retenues par Bercy dans les deux volets du plan de relance, choix qui sera révélateur de l'orientation voulue par le ministère pour l'année à venir.

La Tascom, un impôt jugé injuste



Parmi les mesures proposées par les commerces, reviennent naturellement des requêtes formulées de longue date par le secteur. Il est ainsi question de diverses baisses de fiscalité et d'une réduction de la Tascom, un impôt sur les surfaces commerciales qui pose d'autant plus de problème aux commerces physiques que leurs concurrents pure-players y échappent.

Une révision à la baisse des impôts de production aurait par ailleurs été mise sur la table par les fédérations, des recettes fiscales qui représentent pour l'État le double du revenu généré par l'impôt sur les sociétés.

Des "éco-chèques" pour inciter à une consommation plus écologique




Les représentants du secteur ont par ailleurs sollicité des mesures d'incitation à la reprise de la consommation, qui pourraient prendre la forme d'une baisse de la TVA ou d'une distribution d'"éco-chèques" comme le propose le Medef, à savoir des bons d'achats destinés à l'achat de biens écoresponsables.

Les acteurs consultés, et notamment ceux disposant de réseaux importants, ont en outre proposé un assouplissement des règles d'ouverture dominicale des commerces. Un autre sujet revenant périodiquement dans le débat depuis plusieurs mandatures.


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De façon plus certaine, la digitalisation devrait occuper une place notable dans le plan de relance. Bercy avait en effet fortement incité les petits commerces à se déployer en ligne à l'occasion du confinement, le ministère mettant en avant même à cette occasion certaines entreprises privées offrant des prestations à prix cassés.

Dans le cadre du plan de relance, les commerces espèrent voir instaurer un accompagnement financier dans cette transition numérique. Il pourrait prendre la forme de subventions pour les plus petits d'entre eux et de crédits d'impôts ou de dispositifs de suramortissement pour les plus gros. Pour rappel, depuis plusieurs années, les enseignes d'habillement sont les plus gros vendeurs de mode en ligne, devant les pure-players.

Des aides à la transition écologique réclamées par les commerces et les bailleurs



L'écologie pourrait également prendre une place dans ces plans de relance. Les commerces ont en effet le regard tourné vers le "décret tertiaire", qui vise à contrôler et réduire la consommation énergétique des parcs tertiaires existants dès 2021. Un décret synonyme d'investissements pour les commerces comme pour les bailleurs. Poussant ceux-ci à réclamer, dans le cadre du plan de relance des aides à la transition écologique, afin de ne pas creuser des trésoreries déjà fragilisées. Là encore, reste à savoir si Bercy retiendra cette demande.

La formation a également été évoquée durant ces échanges préparatoires du plan de relance. Et plus spécifiquement la formation et la mutation des personnels non qualifiés, notamment dans des domaines amenés à connaître des plans de sauvegarde de l'emploi (PSE) importants dans les prochains mois.


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Contactée sur le sujet, l'Alliance du commerce, nous indique n'avoir pour l'heure aucun retour de l'exécutif sur les mesures possiblement retenues par Bercy. Une nouvelle source d'incertitude donc pour l'instance représentative des enseignes de mode, qui réclame depuis peu l'allégement des règles sanitaires en vue des prochains soldes. Instance qui attend désormais de Bercy un signe que les enseignes succursalistes et les grands magasins n'ont pas été oubliés dans le plan de relance.

La peur des enseignes d'être les grandes oubliées de cette crise



 "Tout ce que nous demandons, c'est que ces soutiens ne soient pas uniquement dédiés aux TPE, avec une vision limitée au commerce de proximité", explique son directeur général, Yohann Petiot.

"Les enseignes souffrent elles-aussi, et particulièrement dans l'habillement. Il ne faut pas qu'on n'oublie cette partie du secteur qui représente la majorité de nos emplois et de nos points de vente". Un appel qui intervient après l'échec de la concertation menée par Bercy sur les loyers commerciaux, et dans laquelle les enseignes d'habillement se disent "oubliées" par le gouvernement (relire notre interview).
 

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