Qui est Icicle, favori pour la reprise de Carven ?

Cet été, le dossier Carven avait tout d'une impasse. Mais c'est finalement de Chine que pourrait venir la solution. La liquidation devenait une hypothèse de plus en plus probable pour la maison française, ses propriétaires n'ayant pu monter un plan de redressement soutenu par de nouveaux investisseurs, comme espéré dans un premier temps. Mais la maison parisienne a vu sept offres de reprise être déposées pour son cas devant le tribunal de commerce de Paris fin septembre, dont six partielles et une seule intégrale émanant du groupe Icicle, basé à Shanghai. Celle-ci est estimée à plusieurs millions d’euros et aurait aujourd’hui les faveurs du tribunal, avant la prononciation officielle du verdict le 12 octobre, comme vous l'a appris FashionNetwork.com.


Silhouette automne-hiver 2018/19 - Icicle

Mais qui est donc le sauveur attendu de Carven ? Icicle est un groupe de mode chinois né à Shanghai en 1997, fondé par un couple, Shouzeng Ye et Shawna Tao. Une structure d’aujourd’hui plus de 2 000 salariés consacrée à la production et à la conception de la marque qui a donné son nom au groupe. Icicle est un exemple de réussite dans le milieu de la mode chinoise puisque la marque positionnée premium, initialement uniquement sur la femme, mais aussi sur l’homme et l’enfant depuis plusieurs saisons, devrait voir son chiffre d’affaires approcher les 300 millions d’euros, à un rythme de croissance qui approcherait 30 % par an, soutenu par quelque 250 magasins en Chine.
 
Icicle a su se différencier avec une particularité : le recours revendiqué à des matières et teintures naturelles uniquement, ainsi qu’une approche mode au style épuré assez occidental. Et pour cause, la marque ne cache pas puiser une partie de ses inspirations en Europe, à Paris notamment. Elle y a d'ailleurs ouvert il y a quelques années une antenne, Icicle Paris Mode, qui est un centre de design et de prototypage pour sa ligne luxe, mais aussi un studio qui travaille sur l’identité et le merchandising de la marque. Au total, Icicle emploie déjà une trentaine de personnes dans la capitale. C’est d’ailleurs via cette filiale française que l’offre de reprise de Carven a été déposée.
 
Depuis son arrivée à Paris et l’ouverture de ses bureaux et son showroom avenue Raymond-Poincaré (XVIe arrondissement) en 2013, le groupe n’a pas caché son ambition internationale. Il était semble-t-il plutôt question de trouver un moyen de développer Icicle hors de Chine, mais aussi de prendre pied à Paris, notamment en ajoutant une patte française à la marque avec sa ligne la plus premium estampillée Icicle Paris. Le groupe nourrit également un nouveau projet puisqu'il a pris des locaux sur l'avenue George-V, locaux dont il ne dit encore rien de la destination.

C’est donc un groupe qui a déjà une connaissance du savoir-faire français, recrutant une partie de ses équipes créatives dans le vivier parisien, mais aussi plus largement du segment de la mode premium, qui pourrait donc se pencher au-dessus du berceau de Carven. Pour la maison née en 1945, l’opportunité de trouver un nouveau propriétaire prêt à investir dans sa relance n’était pas si évidente compte tenu de son passif. Le chiffre d’affaires a reculé jusqu’à ne plus peser qu’une vingtaine de millions d’euros, générant 5 millions d’euros de dettes immédiates pour l’exercice en cours.
 
A l’instar de Fosun pour Lanvin, Icicle devra donc redresser la maison sur le plan économique en relançant les ventes en Europe, mais aussi en Chine, grâce à son expertise du marché. Après deux années de direction par Sophie Rougemont, fille des propriétaires du groupe hongkongais Bluebell, qui avait acquis Carven en 2015, il faudra pour le groupe chinois fixer un cap en recrutant un nouveau pilote à sa tête, comme Lanvin l’a fait en nommant Jean-Philippe Hecquet. A noter qu’à Paris, Icicle s’appuie depuis cinq ans sur l’ancienne directrice générale de Fauchon et ex-directrice marketing de Lanvin, Isabelle Capron. La dirigeante, qui pilote l’antenne française, possède un profil aguerri, également passée chez Dior et Mauboussin.
 
En attendant, l’offre de reprise totale qu’a formulée Icicle inclut la reprise de l’intégralité des salariés de la maison, désormais un peu moins d’une centaine. Et parmi eux, Serge Ruffieux, directeur artistique nommé en janvier 2017. Un créateur apprécié dont l’avenir sera certainement l’une des premières questions à être abordées par les nouveaux propriétaires... Si le tribunal de commerce de Paris leur donne le feu vert, le 12 octobre prochain.

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