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Recyclé, éthique ou durable : l'or se pave de bonnes intentions

Par
AFP
Publié le
today 12 avr. 2019
Temps de lecture
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Paris, 12 avril 2019 (AFP) - Faire rimer désirable avec durable : c'est le credo d'un nombre croissant de joailliers qui mettent en avant leur utilisation d'or « éthique » ou « écologique » pour leurs bijoux, dans un foisonnement de labels et de fournisseurs spécialisés.


Une bague façonnée avec de l'or éthique dans un atelier parisien, le 18 février 2019 - AFP


En 2018, Chopard a été la première grande maison à annoncer un approvisionnement en or « 100 % éthique » pour ses créations joaillières et horlogères. Déjà utilisatrice d'or labellisé « Fairmined » pour une partie de sa production - dont la palme façonnée pour le Festival de Cannes - la marque genevoise s'approvisionne désormais exclusivement auprès de fournisseurs « vérifiés », répondant à des normes environnementales et sociales strictes.

Dans la jungle de certificats et standards gravitant autour de l'or dit « responsable », deux labels prédominent : « Fairmined », délivré par une ONG colombienne, et « Fairtrade » lancé par la fondation suisse Max Havelaar, qui soutiennent des mines artisanales en mettant l'accent sur l'environnement, les conditions de travail et la rémunération des mineurs.

Mais leur production étant extrêmement limitée - quelques centaines de kilos par an, alors que la production mondiale d'or est de 3 300 tonnes - les joailliers soucieux de traçabilité ont surtout recours à de l'or recyclé et aux acteurs certifiés par l'organisme « RJC » (Responsible Jewellery Council), qui a développé une norme de référence pour toute la chaîne d'approvisionnement.

Fort de plus de 3,5 tonnes d'or « responsable » achetées depuis 2015 pour fabriquer les bijoux de ses marques Boucheron, Pomellato, Dodo ou Gucci, le géant du luxe Kering s'est engagé à utiliser 100 % d'or « éthique » d'ici 2020. « Nous essayons de maximiser la part d'or labellisé Fairmined et Fairtrade, mais leur toute petite production est très demandée, donc la majorité de notre approvisionnement reste de l'or recyclé et certifié "RJC Chain of Custody" », résume à l'AFP Claire Piroddi, la responsable développement durable pour l'horlogerie et la joaillerie de Kering. En termes de prix, l'or Fairmined ou Fairtrade « est plus cher de 10 à 12 %. Mais l'or recyclé ne génère quasiment pas de surcoût, et c'est aussi un or qui a déjà eu une vie, sous forme de bijou ou à l'intérieur d'un produit high tech », met-elle en avant.

Utiliser uniquement du métal précieux issu de déchets électroniques ou industriels, c'est l'originalité de Courbet, marque lancée au printemps 2018.

Poussière d'or recyclée

« On ne veut pas promouvoir l'extraction minière ou utiliser de l'or récemment extrait, donc on a cherché des fournisseurs qui recyclent l'or contenu dans les cartes graphiques ou les processeurs d'ordinateurs. Car on sait qu'aujourd'hui, plus de la moitié des réserves d'or disponibles a déjà été extraite », résume Marie-Ann Wachtmeister, cofondatrice et directrice artistique de la maison.

Plus qu'« éthique », Courbet se revendique « écologique » : « Dans une mine, une tonne de terre peut receler 5 grammes d'or, alors qu'une tonne de déchets électroniques peut en générer 200 grammes ». « Et puis les clients exigent aussi de plus en plus une démarche écologique, ils ont conscience de leur impact au quotidien et réfléchissent déjà à l'origine des vêtements qu'ils portent », résume Marie-Ann Wachtmeister.

« Il y a une vraie prise de conscience du grand public sur l'approvisionnement », renchérit - côté fabricants - Thierry Lemaire, directeur général de l'atelier Ponce, installé depuis 1886 dans le quartier du Marais à Paris. Il est labellisé RJC et n'utilise que de l'or recyclé. « C'est une logique : si on veut bien faire notre travail, autant aller jusqu'au bout en respectant la nature. Aujourd'hui c'est faisable car toute la chaîne s'est standardisée, et les ateliers comme nous qui travaillent pour les grands noms de la place Vendôme sont tous labellisés », explique le représentant de la cinquième génération de l'entreprise familiale.

Quelque 45 000 bagues sont produites chaque année dans l'atelier Ponce. L'or recyclé - acheté sous forme de grenaille à des affineurs - est fondu pour être façonné en anneaux. Dans une odeur de métal chauffé, les artisans sont penchés sur leurs machines de polissage, avec une grande peau de cuir tendue sur les genoux pour récupérer le moindre petit éclat. Thierry Lemaire explique que « chaque vendredi, c'est le grand ménage, on aspire tout l'atelier pour récupérer poussières et copeaux de métaux précieux, puis les boîtes Tupperware partent pour une entreprise spécialisée dans le recyclage de ces déchets un peu particuliers. Rien ne se perd, c'est une vraie chaîne de vertu ».

Par Katia Dolmadjian

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