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Tangy, de la Chine à Paris, un hymne à la soie laquée

Publié le
today 5 nov. 2019
Temps de lecture
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En passant la porte de la boutique Tangy, à Paris, on se retrouve immergé d’emblée dans l’histoire et la culture chinoise. En particulier celle de la teinture de la soie liangchou selon une technique millénaire, qui avait été interdite sous la Révolution culturelle. Quasiment disparu, ce procédé ancestral a été redécouvert et remis au goût du jour par Liang Zi, la fondatrice de cette marque de luxe écoresponsable. Cette dernière a ouvert depuis peu, au 41 rue de Verneuil, sa toute première boutique à l’étranger proposant notamment des vêtements fabriqués dans cette soie à l’aspect laqué.
 

La boutique Tangy à Paris - DR


La boutique parisienne ne vend que les collections de prêt-à-porter femme et home Tangy Collection, qui dénombre une dizaine de points de vente en Chine. Cette ligne haut de gamme composée de pièces en soie, organza, coton et lin aux finitions réalisées à la main, telles les broderies ainsi que certains détails et coutures, propose des vêtements raffinés où l'élégance intemporelle rencontre parfois l'esthétique chinoise.
 
Les prix des tops vont de 500 à 1 000 euros, ceux des robes de 500 à 2 500 euro et les pantalons de 500 à 1 200 euros, ils atteignent plus de 4 000 euros pour certaines pièces sartoriales. Tangy Collection, qui se décline aussi en accessoires (sacs, éventails et coussins), a été lancée en 2008 pour compléter l’offre de la ligne de prêt-à-porter féminin Tangy, plus commerciale, créée il y a plus de 20 ans et distribuée aujourd’hui à travers 110 boutiques monomarques et 40 magasins multimarques.

« Nous aimons beaucoup la soie naturelle. Un jour notre fournisseur nous a proposé une soie particulière. Il s’agissait d’un très vieux tissu récupéré dans un ancien stock, dont le propriétaire voulait se débarrasser. Nous sommes tombés amoureux de cette texture. C’est un tissu qui a une vie propre. Il se patine et se bonifie avec le temps comme un bon vin », raconte Liang Zi, qui a fondé son entreprise, Liang Zi Fashion Industrial Corporation Ltd, en 1995 avec son mari Huang Zhihua, à Shenzen, dans le sud-est de la Chine.
 
Une fois le stock fini, le couple découvre que la production de cette soie, dénommé aussi Gambiered silk ou soie gommée, s’est pratiquement arrêtée. « A l’époque, personne ne connaissait ce tissu. Je me souvenais juste l’avoir vu porté par mes grands-parents. Nous avons fini par trouver un Monsieur très âgé, qui connaissait la technique de sa fabrication, et petit à petit, nous avons relancé la production », explique la designer, installée à Paris depuis cinq ans.
 
Ce tissu craquant et en même temps aérien, proche d’un organza double, semble comme de l’ardoise laquée avec un effet cuir. La soie liangchou est réalisée à partir d’éléments naturels, comme l’eau, la terre, le soleil et les plantes, c’est pourquoi elle ne peut être fabriquée qu’entre avril et octobre. Le tissu écru en pure soie naturelle est d’abord trempé dans un jus tiré des racines de la dioscorea cirrhosa, une plante médicinale sauvage, qui pousse dans le sud de la Chine, puis étalé sur l’herbe pour sécher au soleil. Cette opération se répète près de 30 fois.


Un modèle Tangy Collection - DR


L’étoffe est ensuite enduite sur l’une de ses faces par des strates de limon de la rivière avoisinante, une boue ferrugineuse, qui va lui donner cet effet laqué. Après avoir séché à nouveau au soleil, elle est rincée dans la rivière. A l’arrivée, la soie, à la fois impalpable et résistante, présente un côté ocre et l’autre brun foncé.
 
Près de 150 personnes travaillent désormais dans l’usine de Shenzhen, qui a pu être construite grâce à une aide du gouvernement, souhaitant remettre en avant depuis une dizaine d’années les savoir-faire chinois. Grâce à des défilés à Pékin et à Paris, Tangy a gagné en visibilité. La Gambiered silk est devenue un cas d’étude à l’IFM. D’autres fabricants proposent ce type de soie en Chine. « Beaucoup nous copient, mais sans garantir la même qualité », estime Liang Zi. « Nous avons déposé le brevet de ce procédé et créé une fondation pour le protéger », conclut-elle.
 
Née dans la province de Zhejian, fille de paysans, la designer s’est passionnée très tôt pour la couture auprès de sa mère, habile brodeuse, et fait ses armes dès 14 ans chez un tailleur. A l’époque, elle crée ses propres modèles et ouvre une petite boutique dans la ville de Xingchang, avant de déménager à Xi’an pour se former à l’Université, la China North-West Textile University, où elle se spécialise dans la réalisation de costumes pour hommes.

Après l’université, où elle a rencontré son mari, elle repart avec lui à Hangzhou, la capitale du Zhejian. Elle y travaille dans une entreprise exportatrice de soie, avant de se transférer à Shenzhen, avec son mari devenu responsable de la production de soie dans une autre usine. C’est alors qu’elle recommence à créer ses propres vêtements et décide de se mettre en propre avec Tangy
 
 

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