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Une vague de défaillances dans le commerce s’annonce au second semestre

Publié le
today 10 juil. 2019
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Si le mouvement des gilets jaunes a sensiblement faibli ces dernières semaines, les répercussions sur le commerce des manifestations et violences en marge de celles-ci pourraient s'intensifier. Un rapport du Sénat mené par Evelyne Renaud-Garabedian (Les Républicains), pour lequel des commerçants, fédérations et plusieurs tribunaux de commerce ont été interrogés, signale que les conséquences économiques pour les entreprises s’aggraveront au second semestre 2019. « Une vague de cessations et défauts de paiements devrait intervenir, de même qu'une augmentation critique du nombre de procédures de sauvegarde, de redressements judiciaires voire de liquidations judiciaires ». Un constat partagé par les acteurs de la restructuration d’entreprise que Fashionnetwork.com a récemment réunis pour mieux comprendre et anticiper le parcours des sociétés en difficulté.


Les commerces de centre-ville ont été touchés à partir de fin novembre 2018. - DR


Avec certaines boutiques fermées ou détériorées, et une fréquentation en chute, les marques et distributeurs ont paré au plus pressé pour maintenir l’activité. « Les réponses apportées en urgence par les commerçants ont été de diminuer la rémunération de l'employeur et les marges de l'entreprise pour préserver l'emploi des salariés dans l'attente d'un retour au calme. Or, ces solutions ne peuvent durer éternellement », commente ce rapport intitulé « Violences en marge des gilets jaunes : des commerçants en danger, un soutien minimal de l’Etat ».

Piloté par la Commission des affaires économiques, cette étude affirme que l’impact économique a été sous-estimé et que le soutien par l’Etat a été inégal. Ainsi, les mesures nationales de prise en charge des préjudices ont été « peu sollicitées », qu’elles étaient parfois « inadaptées » et leur « communication perfectible ». La Fédération française des assurances a enregistré plus de 12 000 sinistres, pour un coût évalué à 217 millions d’euros d’indemnisation de dégâts matériels au 21 mai 2019.

Une nuance est à apporter sur le lien de cause à effet entre manifestations et recul d’activité : « À moins que l'entreprise ne le signale dans sa déclaration de cessation des paiements ou lors des débats à l'audience, il est difficile d'établir avec certitude le lien entre les violences et les pertes d'exploitation. Toutefois, trois entreprises faisant l'objet d'une procédure collective ont déjà signalé en 2019 au tribunal de commerce que l'origine de leurs difficultés se trouvait dans les conséquences de ce mouvement et des violences qui l'ont accompagné. »

Le marché du prêt-à-porter est particulièrement touché, puisque déjà en souffrance : « Le secteur de l'habillement traverse une crise structurelle avec une baisse de l'activité de 15 % en valeur depuis 2008. Dans ce contexte, les violences et débordements qui fragilisent les enseignes aggravent d'une part la fragilité économique de nombre d'entreprises du secteur (en les contraignant à interrompre leur activité ou en faisant fuir les clients) et d'autre part accentuent les modifications des habitudes de consommation des clients (qui ne se rendent plus dans les centres le samedi). »

Dans les grandes villes, la fréquentation des magasins le samedi a diminué de 15 à 25 %, ajoute le dossier. « Par conséquent, les réductions de prix pratiquées durant les promotions ont été plus élevées, contraignant d'autant les marges », alors qu’un report de consommation vers le commerce en ligne n’a pas été constaté.

La baisse de chiffre d’affaires constatée par les chaînes de mode durant la période varie de 2 à 17 %, selon les données transmises au rapporteur par la Fédération des enseignes de l’habillement (FEH), qui précise que la crise des gilets jaunes « a accentué la divergence entre le commerce à bas coûts, très présent dans les zones commerciales périphériques, et les enseignes du milieu de gamme, plus présentes dans les centres-villes et les grands centres commerciaux ». Ce sont ces dernières qui sont plus particulièrement fragilisées.

Ces dernières semaines, plusieurs acteurs du prêt-à-porter en France ont connu des tracas les conduisant à entamer une procédure judiciaire : c’est la cas de l’enseigne de mode masculine Olly Gan, qui a été placée en redressement par le tribunal de commerce en mai, ou de la filiale française de la chaîne de fast fashion britannique New Look, qui vient d’être liquidée le mois dernier.

D’autres acteurs suivront sans doute leur chemin dans les mois à venir et les conséquences pourront se faire sentir bien au-delà, selon le document : « Bien que le nombre d'investissements étrangers à destination de la France continue à progresser en 2019, il est plausible que les images de violences qui ont fait le tour du monde aient un impact sur les décisions d'investissement à plus long terme. Ces projets nécessitent souvent plusieurs années pour être réalisés et les débordements ont eu lieu fin 2018 et début 2019 : l'impact en termes d'attractivité économique se mesurera donc plus concrètement en 2020 et 2021. »

Enfin, parmi les propositions émises par le document, se trouvent notamment la création d’un fonds d’indemnisation national des pertes d’exploitation et l’automatisation de l’exonération fiscale de certains droits directs sous condition de « retour à meilleure fortune ».   

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