Versace : pourquoi la famille a décidé de vendre

Alors que le rideau tombait sur la Fashion Week de Milan, les rumeurs les plus folles ont parcouru les derniers défilés lundi matin à propos de la vente imminente de Versace. Contactée par FashionNetwork.com, la maison s’est retranchée derrière un « no comment ». Mais il semblerait bien que l’opération soit sur le point d’être conclue.


Versace, un look du dernier défilé, pour l'été 2019 - © PixelFormula

Le quotidien milanais Il Corriere della Sera, qui a dévoilé l’information dans son édition de lundi, évoquait deux prétendants potentiels, les américains Michael Kors et Tiffany & Co. Selon d'autres sources, c’est avec Michael Kors que l’accord doit se concrétiser. L'opération devrait être annoncée sous peu. Le fonds Blackstone sort du capital, tandis que la famille Versace garde une participation minoritaire.
 
D’autre prétendants, comme le groupe de luxe Kering, auraient abandonné la course en raison du prix jugé trop élevé. La griffe italienne est détenue par la famille fondatrice à hauteur de 80 % et à 20 % par Blackstone. Lors de l’entrée au capital du fonds américain en 2014, Versace avait été valorisée à 1 milliard d’euros. Aujourd’hui, sa valorisation atteindrait les 2 milliards de dollars, soit plus de 1,7 milliard d’euros.
 
« Difficile pour Donatella Versace, qui pilote la marque depuis 20 ans, de refuser une telle proposition ! C’est quasiment le double par rapport au chiffre d’affaires attendu pour 2018, qui devrait s’établir autour de 800 millions d’euros », note Salvo Testa, professeur en fashion management auprès de l’université Bocconi.
 
Cela semble également le moment idéal de se désengager pour le fonds américain Blackstone, qui aurait trouvé aux Etats-Unis son acheteur. Après une profonde restructuration, Versace a connu une phase d’intense développement ces deux dernières années avec l’arrivée à sa tête du Britannique Jonathan Akeroyd (ex-PDG d’Alexander McQueen,) nommé CEO en 2016, avec un investissement important, notamment dans le retail.
 
Ces investissements ainsi que la hausse des coûts avaient entraîné une réduction drastique des marges en 2016 et Versace avait clos l’année avec une perte nette de 7,4 millions d’euros, tout en voyant son chiffre d’affaires progresser de 3,7 %, à 668,7 millions d'euros. Mais la relance était au rendez-vous dès l’année suivante : la griffe a dégagé en 2017 un bénéfice de 15 millions d’euros. Jonathan Akeroyd indiquait en juin dernier que « les ventes avaient augmenté de 18 % » sur un an et le résultat d'exploitation (Ebitda) « de 50 % ».

Fondé en 1978 par le styliste calabrais Gianni Versace et ses frère et sœur Sandro et Donatella, le label a été repris en main par cette dernière après l’assassinat de Gianni en 1997. Depuis 21 ans, c’est elle qui assure la direction artistique de la maison. Très populaire aux Etats-Unis, où elle est considérée comme la plus américaine des stylistes italiens, selon le Corriere della Sera, la cadette de la fratrie a su préserver la maison, en restant fermement présente au poste de pilotage.
 
Versace, le défilé commémoratif de l'an dernier en souvenir de Gianni Versace - © PixelFormula

Alors qu’il était question l’an dernier de faire entrer un designer de renom dans la maison pour prendre la relève, Donatella Versace ne s’y était pas résolue. Ces dernières saisons, la créatrice a donné l’impression de se focaliser beaucoup sur les archives de la maison, remettant au goût du jour imprimés et coloris punchy qui ont fait le succès de la griffe. Une manière peut-être d’annoncer sa retraite.
 
« De fait, la famille ne pouvait pas garantir une continuation, ni créative, ni managériale, à l’entreprise, contrairement à Prada ou Ferragamo, dont les nouvelles générations ont commencé à prendre la relève », analyse Salvo Testa.

La holding de contrôle de la marque, Givi, est détenue à 20 % par Donatella Versace, 50 % par sa fille Allegra et 30 % par son frère Santo. Ce dernier, qui est toujours le président du conseil d’administration, n’a plus de rôle opérationnel. « Il est clair qu’il aurait vendu sa participation tôt ou tard, tandis qu’Allegra, encore jeune, n’a jamais eu aucun rôle actif dans Versace », poursuit le professeur.
 
Dans ce contexte, ne restait plus pour la famille que l’option d’une introduction en Bourse, envisagée un moment, ou celle de la vente. « Avec ses bénéfices assez réduits, Versace n’a pas la stabilité suffisante pour laisser présager une cotation intéressante. C’est donc la vente qui est apparue comme l’issue la plus logique », conclut Salvo Testa.
 
Pour Michael Kors, le rachat de Versace pourrait se révéler doublement intéressant. Tout d’abord, cela permettra à la marque américaine, qui a racheté l’an dernier le chausseur britannique Jimmy Choo pour 896 millions de livres (1 milliard d’euros), d’enrichir et diversifier son portefeuille, mais aussi de monter en gamme avec une griffe de luxe riche d’un important héritage et d’une grande visibilité. Fortement focalisé sur les accessoires, Michael Kors, présidé par son président éponyme et dirigé par son CEO John Idol, acquiert aussi avec Versace un savoir-faire complémentaire dans le prêt-à-porter.

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