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Xavier Romatet (IFM), l'homme qui veut faire de Paris la place forte de l'enseignement mode

Traduit par
Paul Kaplan
Publié le
today 6 nov. 2019
Temps de lecture
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Voilà longtemps qu'on se demande pourquoi Paris — sans conteste la première capitale de la mode mondiale — n'a jamais abrité d'école qui soit vraiment à la hauteur de ce prestige international. Si l'on devait dresser un classement des 50 défilés féminins les plus acclamés chaque saison, plus de la moitié d'entre eux auraient sans doute été présentés à Paris. Mais à peine une poignée de ces collections auraient été dessinées par des stylistes formés dans la capitale française. Loin d'être à la pointe en matière d'enseignement de la mode, Paris est à la traîne derrière ses rivaux historiques. Mais cet état de fait pourrait bien changer ces prochaines années, grâce au projet ambitieux de l'Institut français de la mode (IFM), qui a accueilli ses premiers étudiants cet automne 2019.


Xavier Romatet - Photo : Sacha Heron - Foto: Sacha Heron


L'Institut français de la mode actuel est en fait une fusion de l'IFM, une école de commerce spécialisée fondée par Pierre Bergé en 1986, et de l'École de la Chambre syndicale de la couture parisienne (ECSCP), une école supérieure fondée en 1927, plutôt focalisée sur l'aspect technique de la création, de la haute couture au patronage.

"Paris est l'une des grandes capitales de la mode, et sous plusieurs aspects la plus importante. Pourtant, lorsqu'il s'agit d'enseignement, nous sommes à la traîne. Notre objectif : construire une école pluridisciplinaire unique, la première au monde à intégrer trois éléments incontournables : le management, le savoir-faire et la création", explique Xavier Romatet, nommé directeur général de l'IFM cet été.

Xavier Romatet dispose d'une grande expérience dans le secteur de la mode, qu'il connaît sur le bout des doigts. Il a été PDG de Condé Nast France pendant douze ans, et supervisait des titres célèbres comme Vogue, GQ, Glamour et AD.

Réputé pour son approche directe, Xavier Romatet est honnête à propos de ceux qu'il considère comme les concurrents internationaux de l'IFM — Central Saint Martins à Londres, la Parsons et le Fashion institute of technology à New York, La Cambre à Bruxelles et l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers.

"Il est clair que lorsque les grandes maisons embauchent des créatifs, elles s'intéressent d'abord aux diplômés de ces écoles. Paris ne forme pas assez de talents créatifs", concède-t-il.


La Cité de la mode et du design, un bâtiment signé Jakob + MacFarlane - Photo : James Ewing


La France compte pourtant d'autres écoles de mode, plus modestes mais tout aussi respectées : parmi elles, Esmod — où se sont formés Olivier Rousteing de Balmain, Simon Porte Jacquemus ou Franck Sorbier, ou le Studio Berçot, dont Isabel Marant, Roland Mouret et Nadège Vanhee-Cybulski de Hermès comptent parmi les diplômés les plus célèbres. Il est vrai que l'École de la Chambre syndicale peut également s'enorgueillir d'anciens élèves prestigieux comme Yves Saint Laurent, Karl Lagerfeld, André Courrèges, Valentino Garavani ou Issey Miyake, mais on aurait du mal à citer de tête un styliste diplômé de l'école au cours de la dernière décennie. Et si on prend pour critère principal la créativité, aucune école de mode parisienne ne fait vraiment le poids dans le classement international. Une lacune énorme, compte tenu du nombre exceptionnel de marques basées dans la capitale française.

Dans le projet de Xavier Romatet pour l'IFM, l'environnement des maisons de haute couture parisiennes jouera un rôle important : un tiers du programme du "Bachelor of art in fashion design" de l'IFM sera composé de cours techniques de couture, de modélisme et de patronage.

"Le directeur créatif d'aujourd'hui ressemble souvent plus à un metteur en scène de théâtre ou de cinéma, qui a besoin d'être entouré de talents doués sur le plan technique, tout en comprenant ce que chacun fait", explique Xavier Romatet, qui compte s'appuyer sur le soutien de nombreuses grandes marques. Plusieurs PDG sont déjà intervenus auprès des étudiants cette année, de Sidney Toledano, PDG du pôle LVMH Fashion Group, à Guillaume de Seynes d'Hermès. Et François-Henri Pinault, à la tête du groupe Kering, est attendu la semaine prochaine.
 
"Il n'y a qu'à Paris que l'on peut demander à un tel éventail d'experts du secteur de rencontrer nos étudiants", avance-t-il.

L'IFM est une association à but non lucratif, contrairement à de nombreuses autres écoles de mode, comme Marangoni, qui détient des écoles à Milan et à Paris et appartient à la société d'investissement Providence Equity Partners. "Nous sommes indépendants, et notre première responsabilité est la qualité de notre enseignement. En fin de compte, les écoles privées ont d'abord et avant tout un devoir envers leurs actionnaires", ironise le directeur général de l'IFM.


l'École de la chambre syndicale de la couture parisienne va quitter son emplacement rue Réaumur pour amarrer quai d'Austerlitz. - Photo : James Ewing


La nouvelle école est située à la Cité de la mode et du design sur le quai d'Austerlitz, une structure vert acide posée sur les rives de la Seine, dans le XIIIème arrondissement. Construit en 2008, le bâtiment surnommé Les Docks fait actuellement l'objet d'une rénovation de 20 millions d'euros, financée pour l'essentiel par son propriétaire, la Caisse des dépôts et consignations. Après ce rafraîchissement, qui devrait s'achever en septembre 2020, l'IFM signera un bail de quinze ans pour occuper la majorité du bâtiment, jusque-là partagé avec des profils de locataires plutôt hétérogènes — galeries d'art, magasins et boîtes de nuit. Au cours de la prochaine année scolaire, l'École de la chambre syndicale de la couture parisienne quittera progressivement son emplacement actuel du 119, rue Réaumur, pour s'installer sur le quai d'Austerlitz.

Former des "diplômés employables"



Pour Xavier Romatet, l'objectif principal de l'IFM est de former des "diplômés employables". Actuellement, 93 % d'entre eux trouvent un emploi dans les six mois suivant l'obtention de leur diplôme. Avant la fusion, l'IFM comptait 250 étudiants et l'école de Chambre en formait 220, mais cet automne, le nombre total d'étudiants du nouvel IFM est passé à 760. L'objectif est de porter ce nombre à 1 300 d'ici trois ans. "Et il faudra que nous maintenions ce taux à 93 %. Ce sera beaucoup plus compliqué", admet-il.

L'IFM a été fondé en 1986 par Pierre Bergé, le partenaire et compagnon d'Yves Saint Laurent. Celui-ci avait pour intention de créer la meilleure école de gestion de la mode. Si Pierre Bergé est une figure respectée de la mode française, sa page Wikipedia fait état de critiques autour de sa gestion de l'IFM, jugée trop "autoritaire". Xavier Romatet, diplomate, tempère : "La vision de Pierre Bergé consistait à garder le contrôle sur le développement de l'IFM". 

Après le décès de Pierre Bergé en 2017, c'est toute une bande de maisons de mode et leurs PDG qui se sont réunis autour d'un projet à long terme pour créer une école de mode de haut niveau dans la capitale française. Beaucoup de ces griffes — Chanel, Christian Dior, Yves Saint Laurent, Hermès, Lanvin et d'autres — ont contribué au développement de l'IFM, allouant même un budget supplémentaire de 6 millions d'euros. De plus, l’ensemble de l’industrie apporte son soutien aux fédérations locales du textile, du prêt-à-porter et de la maille avec le DEFI. Dans le cadre de la refonte d’Austerlitz, l’école ajoutera ce que les Français appellent un «Fab Lab» ou Laboratoire de Fabrication.


Des étudiants à la Cité de la mode et du design - Photo : IFM

 
"L' IFM est une école pour toute l'industrie. Le fait que les grandes maisons se soient unies pour soutenir l'IFM est remarquable. D'habitude, elles ont plutôt tendance à se mener une guerre sans merci, la compétition avant tout ! Mais quand il faut créer une grande école de mode, tout le monde collabore. Le sentiment partagé par tous, c'est qu'il est vital de transmettre nos valeurs, nos techniques et nos idées à une nouvelle génération. C'est formidable de trouver un point de rencontre autour de ces questions", se félicite Xavier Romatet, qui chevauche chaque matin son scooter pour se rendre à l'IFM depuis son domicile du VIe arrondissement.


Xavier Romatet a l'intention d'organiser un défilé pour ses diplômés de master



Au total, l'école emploie 10 professeurs généraux, 15 professeurs techniques et environ 70 conférenciers. À l'heure actuelle, environ 35 % des étudiants viennent de l'étranger ; Xavier Romatet estime que ce taux passera à 50 % d'ici cinq ans. Et dans le cas du programme de master, la proportion d'étudiants étrangers pourrait atteindre 85 %. Si son bâtiment est situé au cœur de Paris, l'un des leviers de croissance de l'IFM est la langue anglaise : près de la moitié des cours de masters sont dispensés en anglais.

Actuellement, les frais de scolarité annuels de l'IFM se situent entre 12 000 et 14 000 euros pour les étudiants de l'Union européenne, avec une majoration de 30 % pour les non-ressortissants de l'UE. Un tarif cohérent avec une partie des grandes écoles de mode européennes.

L'une des conséquences possibles du Brexit, c'est que les étudiants britanniques devront s'acquitter du prix fort. Sous la houlette de Bruno Pavlovsky, président des divisions mode et accessoires de Chanel, l'IFM s'est employé à développer son système de bourses : une centaine d'étudiants bénéficient ainsi d'une aide annuelle de 8 000 euros en moyenne. Xavier Romatet a également l'intention d'organiser un défilé pour ses diplômés de master : c'est une nouveauté pour l'IFM, mais une tradition pour la plupart des grandes écoles de mode.

Le prochain grand rendez-vous de l'IFM aura lieu le 27 novembre avec "Fashion Reboot", qui réunira des professeurs et des experts venus présenter leur vision des grands enjeux de la mode pour la prochaine décennie.


Photo: IFM


C'est Ralph Toledano, président de la Fédération de la haute couture et de la mode, l'instance dirigeante de la semaine de la mode parisienne — et ancien grand patron de maisons comme Karl Lagerfeld, Guy Laroche et Chloé — qui a demandé à Xavier Romatet de prendre la direction de l'école.

"Xavier est l'homme qu'il nous faut. Nous avons réalisé que nous avions besoin d'un cadre expérimenté, quelqu'un qui comprenne la mode et les affaires. Il est clair, précis et énergique", assure Ralph Toledano.

Ralph Toledano semble déterminé à construire une école de mode qui pèse au niveau international ; selon lui, au moment des réunions du conseil d'administration de l'IFM, "les patrons des grandes maisons parisiennes sont tous présents, mais chacun semble oublier pour quel groupe il travaille. Ce n'est pas 'cette marque" ou 'cette maison', c'est 'faisons ce qu'il y a de mieux pour nos étudiants' ".

En ce qui concerne son ancien secteur — la presse mode —, Xavier Romatet est un peu moins optimiste.

"Il y a quinze ans, tout le monde, et pas seulement chez Condé Nast, croyait que le journalisme numérique serait facile à mettre en œuvre et surtout ultra-rentable. Mais il s'est avéré que : A, il est nécessaire de créer une équipe spéciale pour le numérique dans chaque rédaction ; B, comme le contenu est publié de manière quotidienne, il faut trouver des profils spécifiques capables de travailler rapidement et de prendre des photos et des vidéos ; et C, tout ce petit monde doit travailler d'arrache-pied ! Ça n'a rien à voir avec l'élaboration d'un magazine. Cette transition a nécessité des investissements beaucoup plus importants que prévu, tout en générant beaucoup moins de chiffre d'affaires ! Parce que la publicité numérique rapporte dix fois moins que les publicités dans les magazines imprimés", explique-t-il.


Photo: IFM


"Sans compter que Google et Facebook ont empoché la majorité des bénéfices de la publicité sur Internet", déplore-t-il, poussant les médias numériques à multiplier les sources de revenus auxiliaires — événements, conférences, cafés et boutiques éphémères.
 
Xavier Romatet lui-même a joué un rôle déterminant dans la création de l'événement Vogue Fashion Festival à Paris, qui a attiré jusqu'à 1 800 visiteurs venus écouter des tables rondes et des débats parfois houleux. Pour s'offrir un billet d'entrée standard pour la prochaine édition, qui aura lieu le week-end prochain, il faudra débourser 270 euros.
 
"À mon avis, les quotidiens nationaux ont réussi leur transition en conservant leurs fidèles lecteurs, du journal papier au numérique. Et les spécialistes qui fonctionnent comme des start-up, à la manière de BoF ou de FashionNetwork.com, devraient connaître un bel avenir. Les lecteurs sont encore attentifs à la vision de Vogue ou du Harper's Bazaar. Mais la transformation de ces magazines coûte très chère, et demande beaucoup d'énergie. C'est tout sauf facile", conclut-il, de toute évidence plutôt heureux de sa situation actuelle, et de sa propre transition, du journalisme vers l'enseignement.

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